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 « Angel or demon, I gave up my soul. » - RYAN L. & MAELEEN K. B.

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Maeleen K. Baker
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Date d'inscription : 10/09/2011
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Orientation Sexuelle : Hétérosexuelle

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Emploi/Etudes: Étudiante en psychologie, officiellement.
Vice: Faire en sorte que ta minable existence devienne un enfer.
Relations:

MessageSujet: « Angel or demon, I gave up my soul. » - RYAN L. & MAELEEN K. B.   Sam 10 Sep - 15:18

Maeleen K. Baker a écrit:
Être complice d’un meurtre, devrait-il être source d’angoisse ? Oui. C’est ce que répondrait une personne normale, une personne qui vit tranquillement sa petite vie sans problème. Mais, cela n’est pas le cas de tout le monde. Ou en tout cas, ce n’est plus le cas de Maeleen depuis deux semaines. En effet, elle se retrouve être associée à un homme qui emploie des méthodes pour le moins... discutables. Mais, cela ne gêne nullement la jeune femme, qui au contraire, apprécie ce qu’il fait. Oui, cela est étrange, mais, lorsqu’on connaît la demoiselle, on comprend pourquoi. D’ailleurs, cela fait deux ans qu’elle connaît Ryan Lewis. Il est la première personne qu’elle a rencontré en arrivant aux États-Unis, juste après avoir fuit l’Irlande. Cette fuite l’avait conduite jusqu’à cette petite ville pour le moins étranges. Une ville qu’elle ne supporte pas vraiment, mais elle fait avec. Et puis, dans son malheur, elle a quand même fait quelques rencontres qui ont retenus son attention. Des rencontres qui changent tout. Et non, il ne s’agit nullement de queutards ou de pétasses. Elle n’aurait jamais quelqu’un comme ça dans son entourage.

Assise dans sa voiture, Maeleen attache ses cheveux en chignon, et enfile ensuite une paire de gants. Elle a toutes les informations nécessaires pour faire son boulot, et elle sait qu’elle n’a pas le droit à l’erreur. Mais, consciencieuse comme elle est, elle ne devrait avoir aucun problème à faire cela. Normalement, elle devrait avoir peur. Elle devrait avoir cette envie de prendre la fuite le plus rapidement possible, mais, ce n’est pas le cas. Elle ne ressent absolument rien. Discrètement, elle sort de son véhicule qui est garée au loin de la scène où a eu lieu le crime, et prend un bidon d’essence qui se trouve dans le coffre. Elle franchit les quelques mètres qui la séparent du hangar désaffecté. Lorsqu’elle y entre, il fait affreusement sombre, et une odeur horrible lui monte au nez. Elle relève son écharpe sur son nez, et se saisit d’une lampe de poche qui se trouve dans la poche de sa veste. La jeune femme fait quelques pas, jusqu’à ce qu’elle repère le corps inerte sur le sol. Elle s’approche, et se penche, un fin sourire aux lèvres.

C’est un homme. Et la mort d’un homme la fait rire. Parce que les hommes représentent ce qu’elle déteste. Alors, cela ne lui fait rien du tout. Souvent, elle fait ce rêve. Elle tue tous les types qu’elle croise, elle ne fait aucun sentiments. Ils meurent tous brutalement, et elle, elle rit. Parce que c’est un soulagement. Elle se venge de tous ces hommes qui ont profiter de son corps. Qui n’ont pas songer un seul instant que cela lui ferait du mal. Ils en avaient rien à foutre. Alors, aujourd’hui, elle agit de la même manière. Pourquoi devrait-elle être triste ? Il n’y a aucune raison à cela. Elle fait simplement son travail, comme n’importe qui. Même si tous ne voudraient pas ce boulot. Maeleen s’en fiche, il lui convient très bien, et personne n’est au courant à part une seule personne. De plus, cela lui permet de se faire beaucoup d’argent, et elle en a réellement besoin.

Parcourant les alentours à l’aide de sa lampe de poche, la demoiselle ramasse tout ce qui traîne, et qui pourrait être suspect. Elle met le tout dans un petit sac qu’elle met à l’intérieur de sa veste. Reprenant le bidon d’essence qu’elle avait posée sur le sol, elle l’ouvre et asperge le corps. Il n’y a aucune émotion qui passe au travers de ses traits durs et froids. Elle semble être entièrement détachée de cette scène. Comme si ce n’était pas elle qui faisait une telle chose. Elle semble même être absente. La jeune femme sort ensuite une boite d’allumettes. Elle en sort une, qu’elle gratte et jette sur le corps. Immédiatement après, le feu commence à prendre. Le corps est recouvert par les flammes. Elle regarde ce spectacle quelques secondes avant de prendre le bidon et quitter le hangar sans perdre une seule seconde.

De retour à sa voiture, elle ouvre le coffre et y jette le bidon ainsi que le sac. Elle monte à l’intérieur et démarre en trombe. Quittant ce lieu sans aucun remord. Après quelques minutes de route, elle se retrouve à la décharge publique. Elle jette le bidon d’essence ainsi que tous les objets qui se trouvent dans le sac. Elle éparpille le tout... Et ici, il faudrait des mois avant de mettre la main sur quelque chose. Elle sait que c’est l’endroit le plus sûr pour cela. Sa mission terminée, elle rejoint Ryan au siège social de sa société. Elle se gare juste devant, et sort de nouveau de sa voiture. Elle franchit les quelques mètres qui la mène jusqu’à la porte. Elle tape le code d’accès, et se dirige jusqu’à l’ascenseur. Elle appuie sur le bouton du troisième étage, et le temps qu’il monte, elle remet correctement sa veste, détache ses cheveux (elle déteste lorsqu’ils sont attachés), et arbore un sourire narquois sur les lèvres. Les portes s’ouvrent, elle avance discrètement. Elle ne peut faire du bruit puisqu’elle se trouve en converses. Elle est bien plus à l’aise avec ces chaussures. Elle n’aurait pas mit des talons pour faire ce boulot. Imaginons qu’elle aurait du courir.. Quelques mètres plus loin, elle ce serait lamentablement ramassée la figure. Mais soit. Maeleen frappe à la porte, et entre sans rien attendre. La politesse et elle...

« Mission accomplie. » déclare-t-elle le plus sobrement du monde, lui lançant un regard défiant. Histoire de dire : tu vois, je suis capable de tout. Ce qui, hélas, est bien le cas. Elle est capable du meilleur, comme du pire.

Ryan Lewis a écrit:
    L’inconvénient du pouvoir, c’est qu’il faut l’exercer. Cet enseignement, Ryan l’apprend encore et encore, chaque jour qu’il passe dans son bureau. Il ne l’avouera jamais ouvertement –parce que ce serait du suicide-, mais il ne peut pas dire non plus que l’activité dans laquelle sa compagnie se spécialise le passionne vraiment. La construction, la rénovation ou la démolition de bâtiments est quelque chose qui est assez ennuyeux. D’autant plus que les procédures avant de s’approprier un terrain ou passer à des choses sérieuses sont parfois très longues. Ryan préfère largement les quelques affaires qu’il règle dans l’ombre. Et il l’avouerait volontiers, c’est bien parce que ce jeu là se joue avec ses règles. Non pas parce qu’il est spécialement respecté dans la ville de Cleyn. La plupart des citoyens de Cleyn ne connaissaient pas le mot respect, on ne peut pas demander aux individus avec qui il traite de lui faire preuve d’un tel égard. Non, c’est la crainte qui le met dans une position favorable. Et cette crainte vient du fait qu’il a non seulement le bras long, mais aussi très peu de patience. Ainsi, lorsqu’on le défie un peu trop ouvertement, les conséquences sont plutôt fâcheuses. Ou plutôt, fatales.

    L’inconvénient des méthodes de Lewis, c’est qu’elles font un peu tâche. Et il faut que quelqu’un passe derrière pour nettoyer les traces de ses coups de colère. Heureusement, il y a pensé. Il est justement en train de rechercher la personne à qui il accordera une telle personne. Ou plutôt, il est en train de la tester. Et pour l’instant, il n’a aucune idée du résultat de cette épreuve. Oh ça ne l’inquiète pas, loin de là. Après tout, si cette fille échoue, il n’aura qu’à la remplacer. Ce serait dommage, il l’admettra volontiers. Mais, elle n’est rien de plus qu’un instrument, qui s’avère parfois très amusant. Un instrument, qui a certes le mérite de pouvoir être remodelé pour devenir une arme des plus puissantes mais qui reste remplaçable.

    Certains le prendront sûrement pour un monstre. Peut être l’est-il pour utiliser une jeune femme qui de toute évidence cache un esprit troublé derrière toute cette révolte et cette agressivité. Mais, ce ne serait qu’hypocrisie que d’essayer de lui faire croire que les états d’âme d’une jeune fille l’intéressent. Oh, bien sûr, il a bien essayé de faire croire à la brune qu’il ne lui veut que du bien, au début, lorsqu’elle n’était qu’une pauvre Irlandaise paumée dans un pays qu’elle ne connaissait en rien. Mais il s’est bien vite rendu compte que ce n’est pas la manière de trouver grâce à ses yeux. D’ailleurs, bien qu’ils se connaissent depuis deux ans, Ryan n’est pas sûr qu’il y a moyen de susciter quelque chose de bien mieux qu’un vague intérêt chez elle. Ce qui est dommage, quelque part. Certes, ça fait d’elle un atout considérable, pour peu que l’on prenne le temps de l’aiguiller un peu. Mais ça veut aussi dire que malgré les années qui passent, Ryan n’a que peu de chances d’obtenir son respect. Bien sûr, ça ne le blesse pas, mais il y a des fois où c’est ennuyeux.

    Comme par exemple lorsqu’elle entre sans frapper. Ou pire encore, lorsqu’elle paraît devant lui, dans son antre dans une tenue aussi débraillée que celle qu’elle arbore en ce moment. Cette vision fait un peu tiquer le jeune magnat, mais il oublie bien vite ses griefs lorsqu’elle lui adresse les deux mots qu’il voulait entendre. Ryan ne retient pas un léger sourire et s’adosse contre le dossier de son siège avant de lui adresser son commentaire.

    « Excellent. » Répond-t-il simplement, plongeant un regard approbateur dans celui plein de défi de la jeune femme. « Mais, je t’en prie installe-toi » Lui demande-t-il ensuite en désignant le siège en face de son bureau. Le jeune homme quitte ensuite son propre siège et reprend. « Je te sers quelque chose à boire ? »

    Ce qui n’est pas tant une proposition que le signe qu’il ne la laissera pas partir tout de suite. Heureusement qu’il a fait monter un mini bar dans son bureau. A la base, ça lui sert pour s’octroyer une pause jus de fruits sans avoir à aller jusqu’au distributeur de boissons le plus proche, et donc sans avoir à abandonner ses dossiers chauds dont il doit s’occuper, mais il s’en sert aussi pour enfermer ses vis-à-vis dans un faux sens de sécurité. Ou en l’occurrence, pour faire tomber le clivage entre patron et employé. Maeleen est différente des autres personnes avec qui il travaille. S’il utilise les autres pour leurs compétences, ce qui l’impressionne chez Maeleen c’est son potentiel.

    « Oh et ne t’en fais pas pour ta récompense, elle arrivera comme convenu. » Un détail qu’il vaut la peine de préciser. Même si Ryan le sait, Maeleen n’y croira que lorsque cette récompense arrivera. C'est-à-dire en même temps que le salaire du job étudiant qui leur sert de couverture. Bien sûr, il pourrait la lui donner n’importe quand, ce ne sont pas les moyens qui manquent au jeune entrepreneur. Mais en plus d’être cliché, ce serait mettre leur couverture en danger. Et puis, quelle meilleure manière d’obtenir de ses collaborateurs le meilleur d’eux-mêmes, qu’en leur montrant l’exemple ?

Maeleen K. Baker a écrit:
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce n’est pas tant l’argent qui motive Maeleen à faire ce travail. Même si cela y contribue, il faut le dire. Elle ne crachera pas sur une certaine somme. Elle a toujours vécue avec peu, et aujourd’hui, elle fait en sorte que sa vie soit moins misérable au niveau des finances. Et, il est hors de question qu’elle vende à nouveau son corps pour cela. Mais, sa principale motivation est la vengeance. Elle a une revanche à prendre contre les hommes, contre ceux qui se pensent être au dessus des autres. Ceux qu’elle avait souvent l’occasion de voir. Ça, elle pourrait en faire une liste. Des hommes mariés qui n’avaient aucune gêne à se faire une pauvre gamine alors que leurs femmes étaient avec les mioches à la maison. Des hommes qui faisaient des promesses. Tout ira bien, ils iraient doucement. Ils ne voulaient pas lui faire du mal. Comme si ces pauvres mots avaient une importance pour la jeune femme. Les mots tendre glissaient sur elle comme la pluie sur une fenêtre. Cela n’avait aucun effet. Elle ne retenait qu’une seule chose : ils faisaient d’elle une pute, et ça, ce n’est pas pardonnable.

A l’heure actuelle, si Maeleen en avait l’occasion, elle retrouverait tous ces hommes. Elle irait en face d’eux, et ils verraient ce qu’ils ont fais d’elle. Ce monstre de cruauté. Cette femme qui est incapable d’être comme les autres. Mais d’un côté, elle se dit qu’elle aurait pu être pire. Lorsqu’elle voit toutes ces femmes qui se donnent à n’importe qui sous prétexte qu’elles ont été violées, elle trouve cela encore plus dégradant. Et, elle est bien heureuse de ne pas agir de la même manière. Souvent, elle se demande comment elles font, toutes ces femmes. Comment peuvent-elles encore être sous l’emprise des hommes ? C’est une question qui n’aura de cesse de tourner dans son esprit, sans jamais obtenir une seule réponse. Ou du moins, une réponse qui pourrait lui convenir. Parce que dans son cas, elle ne pourrait pas le faire. Elle ne l’envisage même pas. Il faudra que l’homme en question la mérite, et surtout qu’il la respecte. Elle ne souhaite plus être un vulgaire objet.

D’ailleurs, elle-même n’accorde pas son respect aussi facilement. Cela prend toujours énormément de temps. Mais, avec certaines personnes, elle fait preuve d’un peu plus de gentillesse, lorsque l’envie lui prend. Comme avec Ryan. Avec lui, elle est capable d’être gentille, mais elle ne perd pas pour autant ses bonnes vieilles habitudes. Même si Maeleen a du respect pour lui, elle ne le montre pas, et ne lui dit clairement pas. Et ce, même s’ils se connaissent depuis deux ans. Mais, il peut au moins être certain d’une chose ; elle lui fait confiance. Sans cela, elle ne serait pas dans ce bureau à cette heure-ci avec lui. Et ça, ce n’est pas négligeable. Il lui a fallu énormément de temps avant de lui accorder cette faveur, mais, selon la jeune femme, il le mérite. Après tout, en deux ans, il n’a jamais rien fait contre elle, et ça, elle ne l’oublie pas.

En entrant dans ce bureau, Maeleen est sereine, calme et défiante. Elle a réussie cette mission qu’il lui avait confiée. Elle ne recule devant rien, et elle le prouve tous les jours de sa vie. Peu importe les obstacles, elle parvient toujours à ses fins. Et même si cela pourrait paraître prétentieux de sa part, cette mission fut très facile selon elle. Il n’y avait rien de bien méchant à faire. Elle sait déjà que ce n’est pas une vision qui lui fera faire des cauchemars. Non, à ce niveau là, elle connaît bien pire. Suite à son invitation, la jeune femme prend place sur le siège face au bureau, suivant Ryan du regard. Un fin sourire étire ses lèvres, ce qui est somme toute assez rare chez la demoiselle. « Je veux bien. Donne-moi ce que tu veux, du moment que c’est sans alcool, ça me conviendra très bien. » finit-elle par répondre en continuant de le fixer. Ceci est une règle chez Maeleen. Elle ne boit jamais d’alcool. Elle sait très bien les dégâts que cela peut faire, et elle ne souhaite pas en être une victime. Non, elle préfère largement avoir les idées claires.

Finalement, elle détourne le regard et le pose sur le mur. Elle reste pensive quelques instants, réfléchissant à tout et rien à la fois, le regard perdu. C’est tout de même une situation assez étrange, presque irréaliste. Il y a encore deux ans, jamais elle n’aurait cru travailler pour Ryan. D’ailleurs, elle ne savait même pas ce qu’il faisait. Et, si elle aurait plus seine d’esprit, si elle n’aurait pas été aveuglée par la haine, elle aurait certainement prit la fuite en apprenant toutes ses activités. Ou peut-être que non. Elle serait peut-être resté malgré tout. Il lui est bien trop difficile pour Maeleen d’imaginer une autre vie, elle n’y arrive pas. Au final, elle en revient toujours à la même situation. Ce sont que des illusions, elle n’a clairement pas besoin de cela. Elle a sa vie, et même si elle n’est pas parfaite, c’est la sienne. Même si... il est certain que si elle aurait eu le choix, elle aurait eu une toute autre existence. Hélas, ce n’est pas ainsi que ça marche.

Elle reprend le fil de la conversation lorsque le jeune homme reprend la parole. De nouveau, elle se tourne vers lui et l’observe. « Je n’en doute pas. » répondit-elle d’abord avant de reprendre. « Si il y a bien une chose qui est appréciable chez toi, c’est que tu tiens toujours tes engagements. Dans le cas contraire, il est fort probable que je ne serai pas là. » ajoute Maeleen en affichant de nouveau un mince sourire. Il a beau être son « patron », plus âgé qu’elle, ce n’est pas pour autant qu’elle mettra sa franchise de côté. Elle dit toujours ce qu’elle pense, que cela plaise ou non.

Ryan Lewis a écrit:
    Sans alcool. Ce n’est pas vraiment une surprise pour Ryan. Depuis qu’il connaît Maeleen, il ne l’a jamais vue demander à boire de l’alcool. C’est là autre chose qui la sépare du reste des jeunes de Cleyn. Et c’est aussi pour ça qu’il lui fait confiance, plus encore qu’à n’importe quel « professionnel ». Il sait qu’il peut l’appeler à n’importe quelle heure du jour et de la nuit et s’attendre à ce qu’elle soit opérationnelle. C’est tout de même une certitude des plus importantes lorsque l’on confie quelque chose d’aussi précieux que cette position à quelqu’un. Le jeune homme d’affaire attrape deux verres, un qu’il pose devant Maeleen. L’autre atterrit en face de son siège. Il verse ensuite du jus de fruit dans les deux verres. Du jus de raisin, plus précisément. Un choix qui lui inspire un petit trait d’humour que peu de gens lui connaissent.

    « Tu m’excuseras mais je suis un peu en manque de vin, en ce moment. » Un bref sourire vient ponctuer cette phrase, plus parce qu’il la trouve ridicule, plutôt qu’amusante. Ryan non plus ne boit pas beaucoup d’alcool. Dans un monde où la moindre erreur, le moindre écart peut détruire son image, perdre le contrôle de soi-même est une faute. Ainsi, s’il se permet de prendre quelques gorgées de champagne ci et là, il ne va jamais beaucoup plus loin. Et d’ailleurs, il ne comprend pas tous ces jeunes héritiers qui se font connaître pour leurs extravagances. Difficile de savoir s’ils agissent de cette manière par arrogance ou par stupidité. Peut être est-ce un mélange des deux. Et ça n’a pas vraiment d’importance. Leurs failles renforcent la réputation de Ryan. Et cette réputation est un autre des aspects importants de son pouvoir. Il n’a donc pas à se plaindre de ce que les autres font, bien au contraire. L’important, c’est que ceux qui l’entourent, eux soient prudents. Surtout Maeleen d’ailleurs, il ne faudra pas bien longtemps pour que des rumeurs courent sur la nature de leurs relations.

    Des relations qui se basent sur la franchise. C’est assez rare pour être noté en ce qui concerne Ryan. Ces dernières années, rares sont les personnes qui osent lui dire qu’ils auraient sûrement claqué la porte s’ils n’étaient pas satisfaits. Normal, Ryan a pouvoir de vie et de mort sur beaucoup des habitants de cette ville. Chacune de ses décisions passées a été prise dans le but d’obtenir ce pouvoir. Et chaque décision qu’il prend désormais se fait dans le souci d’utiliser cet avantage à bon escient. Du coup, si d’autres se seraient sentis menacés par cet accès de franchise, c’est loin d’être le cas pour Ryan. Au contraire, alors qu’il se réinstalle à son bureau, il ne peut s’empêcher de lui adresser un sourire. « Tu serais sûrement loin, oui. C’est tout à ton honneur, d’ailleurs. » Lui concède-t-il bien volontiers. « Et ne t’en fais pas, je n’ai pas l’intention de rompre l’un de nos engagements. Je sais parfaitement que je n’ai rien à y gagner. » Si ce n’est la lourde tâche de la faire taire en ce qui concerne ses activités. Ryan ne sait pas à quel point une Maeleen trahie peut être dangereuse. Mais, il est certain qu’elle n’hésiterait pas à frapper là où ça fait le plus mal pour lui. Elle est bien assez cruelle pour agir de cette manière. Le bon sens veut donc qu’il n’essaie pas de prendre la jeune femme pour une idiote. Du moins, tant qu’il ne veut pas en finir avec elle.

    Le jeune homme prend une gorgée de son jus de fruits avant de poser de nouveau le verre sur son bureau. « Raconte-moi tout. » Lui dit-il ensuite. « Apparemment, cette petite mission n’a pas été très difficile pour toi. » Ou du moins, c’est ce que sa tenue décontractée mais loin d’être débraillée laisse entendre. A priori, entendre les impressions de Maeleen n’a aucun intérêt. Mais, Ryan n’est pas stupide. Il ne va pas prendre le risque de heurter la sensibilité de Maeleen pour ses intérêts immédiats. Si elle n’a pas les reins assez solides pour ce qu’il compte lui demander, il faut que Ryan le sache maintenant. D’une part pour éviter la mauvaise publicité que ça lui ferait. D’autre part parce que ça lui donnerait au moins le temps de réfléchir à l’utilité de la jeune femme avant que son outil le plus important ne lui explose à la figure. S’il y a de meilleures raisons de se préoccuper du sort de Maeleen, Ryan ne les connaît pas.
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Maeleen K. Baker
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MessageSujet: Re: « Angel or demon, I gave up my soul. » - RYAN L. & MAELEEN K. B.   Sam 10 Sep - 15:20

Maeleen K. Baker a écrit:
Un sourire étire les lèvres de la jeune femme à la petite remarque de Ryan. Rares sont les fois où il fait de l’humour, un peu comme elle. Pourquoi vouloir rire ? Ce monde est bien trop pourri pour que Maeleen ait cette envie de rire jusqu’à en perdre le souffle. Ça lui arrive, parfois. Mais jamais avec une grande conviction. Elle ne rit pas longtemps, lorsqu’elle le fait, elle se souvient. Et les souvenirs ne disparaissent jamais, qu’on le veuille ou non. Alors, à quoi bon faire semblant ? Pourquoi faire croire aux autres qu’elle est heureuse ? Ce serait inutile. Elle ne ment pas, c’est une règle chez elle. La jeune femme serait incapable de faire semblant, surtout avec les êtres humains. Ceux qui lui donnent la nausée, elle leur fait clairement comprendre. Elle se fiche de savoir ce qu’ils ressentent. Après tout, c’est la vie qu’ils ont voulus avoir, elle n’ira pas les plaindre. Elle reste naturelle avec les personnes qui lui sont importantes. Elles ne sont pas nombreuses, elle les compte sur les doigts d’une main, et encore... C’est même un peu trop.

Après, bien évidemment, elle a conscience que les gens haïssent la personne qu’elle est. Mais, cela ne la dérange pas. Au contraire, c’est préférable. Elle sait aussi qu’elle paraît étrange aux yeux de tous ces jeunes qui ne pensent qu’au sexe et à l’alcool. Tous ces vices qu’elle ne supporte pas. Toutes ces choses qui sont naturelles pour eux, mais qui sont inadmissibles pour elle. Lorsqu’elle voit une scène où deux jeunes s’envoient en l’air n’importe où, elle se demande pourquoi ? Pourquoi font-ils une chose pareille ? Qu’est-ce qui a cloché dans leurs vies pour qu’ils aient une image si négatives d’eux. Parce que pour Maeleen, ils ne peuvent pas être bien dans leurs pompes et avoir une telle vie sexuelle. Surtout lorsqu’ils couchent avec des inconnus. Vraiment, elle aimerait comprendre. Mais, elle se doute aussi des réponses qu’ils donneraient. Ils sont jeunes, ils s’amusent, ils profitent de la vie. Mais, non, elle n’est pas d’accord. On ne s’amuse pas d’une telle manière.

Néanmoins, que pourrait-elle faire ? Absolument rien. Simplement être haineuse et faire comprendre qu’elle déteste chaque personne de cette ville pour ce qu’ils sont. Sauf, les exceptions. Ryan en fait parti. Sa confiance en lui est très grande. Jamais encore elle n’avait eu autant confiance en quelqu’un. Et si elle lui a accordé, c’est qu’elle sait qu’il ne la trahira pas. Et même si dans le pire des cas, ce moment arrive, elle saura exactement comment réagir. Car, elle prévoit toujours quelque chose. Elle a toujours une idée derrière la tête. Mais avec lui, elle espère ne jamais en venir à ce stade. Ce serait réellement dommage. Autant pour elle, que pour lui.

« Je suis ravie de l’entendre. » déclare Maeleen en attrapant son verre. Elle en boit une gorgée, et fixe le jeune homme quelques instants. Lorsqu’il reprend la parole, un sourire mauvais étire ses lèvres. Il tape dans le mille. Cette mission ne fut pas difficile du tout. Il suffit simplement qu’elle repense à son passé pour haïr cet homme qu’elle ne connaissait pas. Et sa vengeance en reste terrible. Certes, ce n’est pas elle qui l’a refroidi, mais elle contribue à sa mort. Elle a fait disparaître toutes les preuves, et son corps sera impossible à identifier. Et même si ils y parviennent, ils ne pourront jamais remonter jusque Ryan. C’était là le plus important pour la demoiselle.

« C’était même trop facile. » répondit-elle en plongeant de nouveau son regard dans le sien. Elle ne va pas mentir, elle a trouvé que c’était bien trop simple. Puisqu’elle ne fait jamais dans les sentiments, elle n’a eu aucun remord. « Ce fut un très beau spectacle. Ce corps qui brûle, ces flammes qui dansent et emportent toutes les traces. Je regrette presque la rapidité des événements. » ajoute Maeleen en riant très légèrement. Parait-elle aussi cruelle que cela ? Oui, ça ne fait aucun doute. Mais elle s’en moque, c’est qu’elle est. Qui pourrait lui en vouloir ? Personne. Parce qu’ils ne savent absolument rien d’elle. Elle ne dit que l’essentiel, jamais elle n’entre dans les grandes lignes de sa vie. Elle ne se sent pas prête pour faire une telle chose. « Une chose est sûre, jamais personne ne pourra remonter jusqu’à toi. » termine-t-elle en buvant ensuite une autre gorgée de jus de raisin. Après tout, c’est tout ce qui importe, non ?

Ryan Lewis a écrit:
    Chose assez rare pour être soulignée, Maeleen se laisse aller à sourire. C’est bref, et d’ailleurs le petit trait d’humour de Ryan ne mérite pas mieux, mais c’est déjà beaucoup plus que ce dont on peut attendre de la jeune brune, habituellement. En deux ans, rares sont les occasions où Ryan a vu l’ombre d’un sourire sur le visage de Maeleen. Mais, il faut dire qu’il ne lui a donné que très peu souvent l’occasion de le faire. Rares sont les moments, où Ryan se laisse aller à plaisanter. L’amusement est un plaisir d’autant plus savoureux qu’il est rare pour lui. Parce qu’il ne laisse pas la sympathie et autres considérations ridicules lui faire perdre de vue l’important. Ce qui importe pour lui est le pouvoir. C’est pouvoir échapper aux humiliations que sa mère lui a fait subir, étant enfant. Et comme il n’est pas né avec une cuillère dans la bouche, il n’a pas le choix. Sa vie est une course vers les sommets. Et s’il doit être détesté parce qu’il est trop austère ou parce qu’il a écrasé pas mal de personnes sur son passage, ce n’est pas un problème. Du moins pas tant que ses ennemis n’essaient pas de le faire tomber.

    C’est dans le cas contraire que Maeleen peut être un atout. La compassion est quelque chose qu’elle a rayé de son vocabulaire, donc il n’a pas à avoir peur qu’elle se salisse les mains, a priori. Vu la petite expérience qu’elle a vécu, ça devient une certitude, maintenant. Oh bien sûr, il pourrait se contenter de faire le sale boulot lui-même, pour éviter de donner sa confiance à quelqu’un. Après tout, c’est bien en ne comptant que sur lui-même qu’il a bâti son empire brique par brique. Mais, Ryan a déjà bien peu de temps en une journée depuis qu’il a monté son affaire. Et puis, il n’a pas choisi Maeleen, quelqu’un qu’il connaît depuis deux longues années, par hasard. Il n’y a aucune personne en qui il a plus confiance qu’elle, en ce moment. D’ailleurs, il n’y en a plus eu depuis Luna.

    Bien sûr, ce genre de choses, il les gardera pour lui. Ne serait-ce parce qu’il ne parlera pas de son passé de petit trafiquant minable, s’il n’y est pas obligé. Pourquoi ? Ryan aurait bien du mal à l’expliquer. Peut être parce que quelque part, il en veut encore au fantôme de son ex. Il déteste la nostalgie qu’il ressent lorsqu’il repense à elle. C’est d’ailleurs pour ça qu’il est si proche –du moins aussi proche que l’on peut être de l’un ou l’autre de ces deux là- de Maeleen. Elle est différente là où la plupart des femmes de Cleyn semblent essayer –sans grande réussite- de se calquer sur le modèle de Luna. Bien sûr, ça rend Maeleen moins avenante, peut être un peu moins séduisante aussi, et beaucoup plus difficile. Mais au moins, Ryan sait que Maeleen ne se contentera pas de petites avancées. Qui sait ? Peut être qu’un jour, la brune enterrera le jeune magnat parce qu’il ne se sera pas montré assez ambitieux. Bizarrement, cette perspective ne l’effraie pas. Il l’appréhende bien sûr. Mais en comparaison, finir sa vie sans le sou est bien plus effrayant à ses yeux.

    En parlant de frayeur, Ryan doit admettre que la manière dont Maeleen parle de sa mission a quelque chose de dérangeant. Heureusement, derrière le verre de jus de raison dont il boit une gorgée, il ne laisse rien paraître. Bien entendu, Ryan ne craint pas ce qu’elle pourrait lui faire. Il sait pertinemment que Maeleen ne tentera rien contre lui, aujourd’hui. Sinon, cela aurait été fait avant. Ce dont il a peur, c’est de ce qu’elle pourrait devenir. Est-ce que sa haine pourrait faire d’elle une vengeresse psychotique à l’avenir ? La question mérite d’être posée. D’autant plus que si effectivement, elle prend goût à la mise à mort des ennemis de Ryan, cela compliquerait les choses. Et pour cause, la seule raison pour laquelle la brune est à son service est parce que Ryan est parvenu à l’intéresser. Et le pire dans l’histoire, c’est que le jeune homme n’a d’autre choix que de continuer à le faire s’il voulait garder l’atout Maeleen dans sa manche.

    Ainsi, Ryan ne cherche pas à tempérer son enthousiasme. Au contraire, il se raccroche à la chose rationnelle, et donc rassurante qu’elle lui dit. Personne ne remontera jusqu’à lui… « C’est le principal. » dit-il, plus pour lui-même que pour Maeleen. « Par contre, il y a pas mal de moments où tu ne t’amuseras pas beaucoup. Les négociations ne sont jamais très amusantes. Mais tu auras tout le temps de t’en rendre compte. » Un avertissement qui semble bien inutile au jeune homme. Mais ça ne fait pas de mal de rappeler à Maeleen qu’il n’attend pas d’elle à ce qu’elle soit seulement une arme. Qu’il espère un jour la voir respirer son empire autant que lui le fait. Malheureusement, on n’en revient toujours au même point.

    « En attendant, j’ai un cadeau pour toi. » Ryan ouvre son tiroir et en sort une enveloppe, légèrement déformée par l’un des objets qu’elle contient : une arme à feu. Accessoire nécessaire lorsque l’on trempe dans les affaires de Ryan Lewis. Et puis, d’une certaine manière, il a pensé à faire plaisir à Maeleen. Ryan a cru comprendre qu’elle a un faible pour les Beretta. Avec ça, il lui offre même un permis –contrefait, évidemment- de port d’armes. Parfois le jeune homme d’affaires a l’impression de se montrer trop généreux. Cette pensée est si amusante que c'est avec un sourire qu'il dit : « J'espère qu'il te plaira. »

Maeleen K. Baker a écrit:
La vie de Maeleen se résume parfaitement en un mot : destruction. Et ce, depuis toujours. Malgré ce qu’elle fait, elle pourrait encore se trouver des excuses. Même les autres pourraient le faire. Ils trouveraient certainement des circonstances atténuantes à cette jeune femme qui fait le mal. Ils plongeraient tous dans son enfance où la pauvreté était de mise. Cette mère toxicomane qui ne prenait pas soin de sa fille unique. Ils diraient qu’elle souffre de quelques traumatismes dû à son enfance malheureuse. Et ensuite, ils iraient voir plus loin, jusqu’à son adolescence. Et là, elle pourrait lire sur les visages de la pitié et de la compassion. Deux choses qu’elle refuse de voir dans les yeux de quelqu’un à son sujet. Elle n’aime pas que les gens aient pitié d’elle. Non, elle préfère lorsqu’ils sont craintifs. Voir la peur dans leurs yeux. Le reste n’a aucune importance.

Et en même temps, en faisant toutes ces horreurs, elle cache autre chose. Elle cache une grande souffrance qui ne disparaît pas. Une souffrance qui la ronge de l’intérieur et qui la pousse à être si diabolique envers les êtres humains. Mais, derrière cela, elle a un but. Elle veut qu’ils comprennent sa vision des choses. Qu’ils aient enfin conscience que ce comportement n’est pas le meilleur, et qu’ils peuvent encore changer. Il ne suffit de rien, un simple effort. Ils mettent de côté les mauvaises habitudes pour entretenir une vie plus saine. Il n’y a rien de compliqué là-dedans. Mais non, même si Maeleen fait cet effort, ils ne comprendront jamais. Parce qu’ils se plaisent dans cette vie de débauche. Peut-être que si la ville brûlait...

Mais pour le moment, elle se concentre d’abord sur les missions que Ryan lui confient. Et ça, c’est déjà énorme. Grâce à cela, elle peut aisément régler ses comptes avec les hommes. D’accord, ce ne sont pas ceux qui lui ont fais du mal, mais c’est du pareil au même. Ils auraient pu le faire. Et peut-être l’ont-ils déjà fais sur une femme. Ils sont peut-être des pervers qui vivent de vices dans cette ville qui tolère ce genre de comportement. Et d’une façon ou d’une autre, si c’est le cas, elle venge en même temps les victimes de tous ces pervers. Et même s’ils ne le sont pas... Cela ne change rien. Elle ne versera pas la moindre larme pour ces hommes. S’ils sont morts, c’est qu’ils le méritaient. Elle ne fait pas dans le sentiment, elle ne tombe pas non plus dans le mélodramatique. Lorsqu’elle voit aux informations des hommes qui sont morts, elle ne ressent rien. Parfois, une pointe de soulagement. Ça en fait déjà un peu moins sur Terre. Mais, elle pense aussi à toutes ces pétasses qui deviendront mères... Elle se demande bien comment seront les mômes. A l’image des parents, certainement.

« Je m’en doute. Après tout, je n’ai pas acceptée ce boulot pour m’amuser. Enfin, si, un peu, quand même. »
déclare Maeleen en arquant légèrement un sourcil. Elle s’amuse dans le sens où éliminer des gens ne la dérange pas plus que cela. Ça apaise sa souffrance, voilà en quoi c’est bénéfique dans sa vie. Pour le reste, elle n’y pense pas. Du moins, ce n’est pas une priorité. Elle fait son boulot correctement, c’est tout ce qui importe dans l’histoire. Tous n’ont pas besoin de connaître ses motivations. D’autant qu’elles sont secrètes, et qu’elle n’en parle pas ouvertement. Chose logique. Pas facile de parler à quelqu’un d’un passé aussi... dégradant. Et comme toujours avec Ryan, la jeune femme fait preuve de franchise. Avec lui, comme avec les autres. Néanmoins, avec ce jeune homme, il y a toujours une pointe de respect derrière ses propos.

Lorsqu’il lui parle d’un cadeau, la jeune femme le regarde sans comprendre. Un cadeau, sérieusement ? Elle peine presque à y croire. C’est une chose très rare. Néanmoins, elle ne dit rien et le regarde faire. Lorsqu’il sort une grande enveloppe, elle arque un sourcil d’incompréhension, ne distinguant pas ce qu’il pourrait y avoir à l’intérieur. Maeleen se saisit de l’enveloppe, et au toucher, elle croit savoir de quoi il s’agit. « Voyons ça. » Dit-elle avec un mince sourire sur les lèvres. Elle l’ouvre et plonge sa fine main à l’intérieur. Quelques secondes plus tard, elle en sort une arme qu’elle tient correctement. Son sourire s’élargit et devient bien plus sincère. Elle tient dans sa main, un véritable bijou. « Un Beretta... Rien ne pouvait me faire plus plaisir. » déclare-t-elle avec sincérité, ce sourire toujours accroché sur les lèvres. Car là est toute la vérité. Elle a un gros faible pour ces flingues là. Elle pose ensuite l’arme sur le bureau et sort le permis de port d’armes. Un petit rire cristallin s’échappe. « Avec ça, on peut dire que je fais officiellement partie de l’équipe. » ajoute-t-elle en regardant Ryan. Et non, ce n’était nullement un rêve, Maeleen a rit. Une chose encore plus rare que les sourires. Surtout de ce rire si vrai, en comparaison aux autres qu’elle est capable de fournir.

Ryan Lewis a écrit:
    Beaucoup diraient que ce que Ryan fait est immoral, contraire à l’éthique, monstrueux même. Il faut être un monstre pour utiliser le ressentiment d’une jeune femme qui en a bavé pour la transformer en un pion. Un monstre. Ryan en est un, et il l’assume. Manipulation, corruption et trahisons sont son pain quotidien. Le tout pour avancer dans sa quête d’un pouvoir qui s’il ne doit pas être absolu, doit être assez grand pour que jamais il n’ait plus à craindre la misère. Ce destin, il l’a accepté depuis longtemps. Si longtemps, en fait qu’il ne sait plus vraiment quand il l’a fait. Ce n’est pas lorsqu’il s’est détourné définitivement de Luna. D’ailleurs peut être avait-il déjà fait la plus grosse partie du chemin à l’époque où il l’a rencontrée. Peut être que ça remonte au jour où…Enfin, ça n’a pas d’importance à cet instant précis. Ce qui compte pour lui, c’est ici et maintenant. Parce que chaque seconde qui passe et une seconde qu’il ne pourra plus utiliser pour construire son avenir. Le reste n’est qu’une distraction, plus ou moins gênante.

    Il sait bien que personne ne comprendra ses motivations. Rares sont les habitants de Cleyn qui ont l’esprit assez ouvert pour comprendre. La plupart d’entre eux sont trop occupés à manquer de respect envers eux même. Même parmi l’élite que Ryan a eu tellement de mal à atteindre, il y a des insouciants dont la seule préoccupation est ce tableau de chasse qui ne fait que les rendre plus pathétiques. Ils ne savent pas ce que c’est que de devoir regarder la personne que l’on aime réduite à l’état de marchandise, lorsque l’on est soit même réduit à l’état d’objet de décoration condamné à regarder une déchéance qu’on ne peut arrêter. Pourtant, ce n’est pas bien compliqué à comprendre. Certains des habitants de Cleyn ont bien une mère, un père, une sœur ou un frère réduit à l’état d’objet qui n’a de valeur que pour le plaisir qu’il procure. Et pourtant, ils sont bien trop peu à réagir. Bien trop peu à se révolter. C’est bien plus simple de se vautrer dans la débauche.

    C’est pourquoi Ryan ne perd pas de temps en compassion. La seule personne qui doit être sauvée dans son mon est lui-même. Ainsi, tant que Maeleen ne revendiquera pas une existence un peu moins destructrice que celle qu’il lui offre, Ryan ne se mettra pas en quatre pour lui faire comprendre qu’elle mérite mieux. Ce serait bien trop long et bien trop compliqué de lui faire la morale, de toute façon. Il vaut mieux laisser ça à quelqu’un qui ne doute de rien et dont la vie est bien trop dénuée de sens pour qu’il trouve du réconfort autrement. En attendant qu’un tel homme croise le chemin de Maeleen et la lui enlève, la colère de la brune est un instrument des plus intéressants. Parce que lorsqu’il l’utilise, c’est qu’elle est annonciatrice de quelque chose de plus redoutable encore : sa colère. N’est-ce pas là une raison suffisante pour s’en servir ? Si ce n’est pas le cas, il en trouve une autre, encore plus valable encore.

    Alors qu’il lui offre son « cadeau », Ryan note deux informations intéressantes. La première, c’est qu’un Beretta, une arme est l’objet qui fait le plus plaisir à Maeleen, de son propre aveu. La seconde, plus troublante, celle là, c’est que le sourire sincère qu’elle lui adresse lui procure un étrange sentiment de satisfaction. Un sentiment de satisfaction qui va en grandissant lorsqu’il l’entend pousser ce rire, si différent des rires mauvais qui lui échappent face aux malheurs de ses victimes. Voilà un développement pour le moins…inattendu. Et quelque peu fâcheux, il faut l’admettre. La dernière personne à qui il a vraiment été attaché était Luna. Et leur séparation a été difficile pour lui. Contrairement à ce que l’on peut croire, ça a tout de même été une déchirure de devoir en terminer avec elle. Et de cette expérience, il a tiré une leçon. Attachement et affaires ne font pas bon ménage. Et pourtant…

    « Tu n’es pas au courant ? Tu es le cœur de l’équipe. » Lui dit-il ensuite, mais s’il sait qu’il ne le devrait pas. Personne n’est plus important que son affaire et de fait personne n’est irremplaçable dans l’équipe Lewis. Ryan lui-même peut se faire déboulonner si c’est ce qu’il y a de mieux pour son affaire. Et pourtant, c’est ce qu’il laisse entendre, cette fois. Et le pire, c’est que si sa raison lui hurle de ne pas poursuivre sur ce chemin, quelque chose au fond de lui essaie de lui faire comprendre que c’est ce qu’il faut faire. Qu’il doit accepter que Maeleen n’est ni une gêne ni un instrument mais quelqu’un de plus important que cela. Heureusement, la jeune brune n’est pas quelqu’un de très affectueux. Il ne manquerait plus que Ryan se laisse contrôler par des..émotions. Il n’est pas si faible.

    « Bienvenue, au fait. Et tant que j’y pense, ce n’est plus la peine de chercher à trouver mieux ailleurs, tu n’y arriveras pas. » Un sarcasme qui pour une fois n’est rien de plus que ça. Le jeune homme sait que rares seront les personnes –et en particulier les hommes- à qui elle fera confiance. Tout comme il sait qu’il n’a pas besoin de lui dire qu’ils sont liés jusqu’à ce que la mort les sépare désormais.

Maeleen K. Baker a écrit:
Si Maeleen a encore un peu foi en l’espèce humaine, c’est grâce à des types comme Leandro. Ce Leandro qu’elle a rencontré il y a quelques temps. Celui avec qui elle a été plus que monstrueuse et méchante. Mais, si elle faisait tout cela, c’était dans le seul but de le faire fuir le plus loin possible. Qu’il s’éloigne du monstre qu’elle. Car, si lui peut lui apporter quelque chose de bon, elle, elle ne peut faire que le contraire. Et lui, elle ne veut pas qu’il souffre par sa faute. Mieux encore, elle ne veut pas le détruire. Il a cette bonté qui fascine Maeleen car elle, elle ne peut plus en avoir. Alors que le jeune homme en possède une grande. Peut-être un peu trop. Les gens en profiteront certainement, et ça, ce serait inadmissible. De ce fait, la jeune femme pense que Leandro a besoin d’elle, autant qu’elle n’a besoin de lui. Car elle ne laissera jamais personne lui faire le moindre mal. Et si cela arrive... La colère de la jeune brune n’en sera que plus terrible.

Et cette colère est une arme destructrice. Bien pire que ce Beretta que Ryan vient de lui offrir. D’ailleurs, Maeleen se surprend à rire alors qu’il se trouve juste en face d’elle. Jamais encore elle n’avait montré ce côté de sa personnalité à quelqu’un, et surtout pas à un homme. Mais lui, c’est différent. Il a toute sa confiance et son respect. Il a ce que les autres n’ont pas et n’auront jamais de la jeune femme. Il peut voir autre chose qu’un visage dur et impassible. Il entend une voix plus calme, plus douce, plus... humaine. Il entend ses rires -même s’ils sont rares- et il voit es sourires les plus sincères. Qui pourrait se vanter d’en avoir vu davantage ? Personne. Alors, pourquoi lui ?

Pourquoi faire confiance à cet homme ? Les gens n’auraient que cette question à la bouche. Que peut-il avoir de si spécial ? Et même avec des réponses, ils ne pourraient pas comprendre. Ils ne peuvent pas voir Ryan de la même façon que Maeleen. Il a été le premier à lui tendre la main. A elle, cette gamine Irlandaise, ravagée par la haine, cherchant à détruire tous les hommes. Comme si elle aurait pu le faire à cette époque. Encore trop jeune, trop marquée par les événements. Sa vie était chaotique. Elle aurait pu trouver du réconfort autrement, plutôt qu’être haineuse à ce point. Il y avait la drogue, ce fléau. Des dealers à tous les coins de rue, elle n’aurait eu aucun mal à en avoir. Mais elle voyait aussi tous ces consommateurs, pauvres crétins qui étaient comme des zombies dans la rue, prêt à tout pour une petite dose. Les gens crèvent avec cette merde, mais qui ça intéresse ? Personne. Pas même les autorités. La drogue, ce n’était pas pour elle. Après, viens l’alcool. S’acheter une bouteille, quoi de plus facile ? Il n’y a aucun contrôle dans cette ville. Même les mineurs peuvent en avoir facilement. Mais, c’est bien trop écœurant de voir tous ces alcooliques qui traînent dans les rues. Ceux qui n’ont qu’une bouteille de whisky pour compagnie, pas même un toit sous lequel dormir. Un spectacle affligeant. Et Maeleen ne voulait pas finir comme ça. Après ce qu’elle avait vécue, elle méritait bien mieux.

Et dans un certain sens, Ryan fut à l’image d’un sauveur -même si elle se gardera bien de lui dire. Après ses deux années de cauchemars, il a été le seul homme en qui elle a eu de nouveau confiance. Lui, un homme, tout ce qu’elle déteste habituellement. Malgré toutes les horreurs qu’il fait, il reste la personne en qui elle a le plus confiance en ce monde. Et à présent, elle sait qu’elle peut mourir pour lui, mais étrangement, cela ne lui fait rien du tout. Ce n’est pas ça qui lui fait peur. La mort après tout, qu’est-ce que c’est ? Pour Maeleen, ce n’est que la dernière étape à franchir. Elle ne la craint pas. Après tout, il n’y a aucune raison de la craindre. La mort à côté de son passé, ce n’est qu’une délivrance.

Les propos de Ryan la firent sourire -encore une fois. Elle est le cœur de l’équipe ? Voilà qui est surprenant. Elle qui se plaît souvent à dire qu’elle a un cœur de glace que seules quelques personnes parviennent à faire fondre le temps d’une conversation. Mais après cela, les bonnes vieilles habitudes reviennent. C’est sa manière à elle de se protéger des autres. Elle ne peut faire autrement. Elle ne peut pas se permettre de faire tomber toutes les barrières si rapidement. Elle a d’abord besoin d’en savoir plus. Mais comme dit plus tôt, Ryan reste différent... « Tu te trompes. Nous sommes le cœur de l’équipe. » répondit-elle en lui adressant un nouveau sourire. Car sans lui, au final, il n’y aurait aucune équipe.

Quant au fait de chercher ailleurs, cela n’avait même pas effleuré l’esprit de Maeleen. Lorsqu’elle donne sa confiance et qu’elle s’engage dans quelque chose, elle ne revient jamais en arrière. Elle ne remet jamais sa parole en doute. Et ça, elle sait que Ryan le sait. « De toute façon, je n’avais pas l’intention de le faire. Je reste fidèle envers ceux qui en valent vraiment la peine. » déclare la jeune brune en posant le permis de port d’armes sur le bureau. Seulement, malgré ce qu’elle en dit depuis toujours, même si il a toute sa confiance, il ignore encore une chose sur elle. Et à présent, elle peut lui dire. Elle peut enfin mettre des mots sur sa haine afin qu’il comprenne pourquoi elle éprouve autant de haine envers les hommes.

« Il faut que je te parle de quelque chose, Ryan. » dit-elle en se levant doucement, faisant quelques pas dans le bureau. Ce sera certainement la révélation la plus difficile à faire. Jamais encore elle ne l’a fait. Pas même à ce psychologue qu’elle voyait. Il n’y a que cette femme flic qui a eu les révélations de cette adolescence brisée. Mais après elle, Maeleen ne voulait plus jamais mettre de mots sur sa souffrance. « Ce n’est pas simple... Mais tu dois comprendre pourquoi je me comporte de cette façon. » Elle soupir légèrement, fait les cent pas dans le bureau. Elle ne se force pas, elle attend que les mots viennent, ce qui risque d’être difficile et assez douloureux dans l’ensemble. Mais elle doit le faire. Il est temps qu’elle se libère.

« Comme tu le sais, avant de venir ici, j’étais à Dublin. Mes géniteurs n’étaient pas riches, et d’ailleurs, ma mère prenait tout l’argent pour ses putains de doses. Mon paternel avait un petit boulot de mécanicien, rien de bien important. Moi, j’étais là... La gosse dont personne ne voulait, mais ça, je le vivais plutôt bien. » Pas faux. Elle n’a jamais souffert du fait d’être la gosse qu’ils avaient pas voulus. Elle avait trouvé refuge dans les bouquins, et auprès de sa voisine qui aurait pu faire quelque chose. Mais malheureusement, elle n’a pas eu cette présence d’esprit de sortir une gamine de son cauchemar. « Ma toxicomane de mère est morte quand j’ai eu huit ans. Au fond, ce n’était pas une très grande perte pour moi. Je ne la connaissais pas vraiment. Mais... » Elle marque une pause et respire à fond. Elle fait en sorte que son regard n’exprime rien. Même si à l’intérieur, son cœur menace à tout moment de s’arrêter tant il bat fort. Elle recommence à faire les cent pas, et finalement, elle tourne le dos à Ryan, restant devant ce mini bar, déplaçant et remettant à leur place les verres, les mains tremblantes.

« Il avait des dettes de jeux... Il ne faisait que ça pour oublier son existence minable. J’avais quatorze ans, encore une gamine. Il devait beaucoup d’argent et n’avait aucun moyen de les avoir... Jusqu’à ce qu’une idée lui vienne. » Elle serre les poings, ses ongles s’enfoncent dans les paumes de ses mains, mais elle s’en fiche. Cette douleur n’est en rien comparable à celle qu’elle ressent en racontant cette histoire. « J’étais sa putain de solution ! Bordel, je n’avais que quatorze ans, je voulais encore profiter de cette innocence. Mais, il m’a tout prit. Mon innocence, ma dignité... Il a tout détruit. Il a piétiné ce que j’étais, et il a détruit quelque chose en moi. Une chose que je ne parviendrais jamais à reconstruire. » lâche-t-elle en haussant légèrement le ton sur le coup de la colère. Toutes les scènes lui reviennent en mémoire, comme si elle était quelques années en arrière, et qu’elle se voyait plus jeune avec son père qui la donne à un homme, puis un autre et ainsi de suite. « Il m’a vendue. Pendant deux ans il a fait de moi une putain, un objet pour tous ces pervers qui traînent les rues. Les mêmes qui sont dans cette putain de ville. » Et la vérité éclate enfin. La raison de sa haine vient d’être dite. Et pourtant, elle ne ressent aucun soulagement, Maeleen a juste l’impression que la plaie est encore plus douloureuse. Mais, elle ne pleure pas, elle ne montre rien de sa souffrance, juste sa colère.

D’un geste brusque, elle envoie valser quelques verres, un seul s’écrase et se brise sur le sol. Ce n’est pas tant ce qu’elle voulait, mais sa colère doit être dirigée contre quelque chose. Elle se baisse et ramasse les bouts de verre, elle se blesse en même temps, mais s’en moque. Elle serre de nouveau le poing alors que quelques bouts de verre s’y trouve. Elle veut ressentir cette douleur physique pour oublier celle qui est à l’intérieur. Elle ferait n’importe quoi pour qu’elle disparaisse. La jeune femme peut encore sentir le corps de ces hommes sur le sien, leur souffle dans son cou. Et ça, c’est insupportable. « Tu comprends, maintenant ? Tu comprends pourquoi j’ai autant de haine envers toutes ces personnes ? Eux, ils avaient le choix, et ils ont pris le mauvais. Moi, j’aurais voulu l’avoir, mais ils m’ont tout pris. » ajoute Maeleen en se tournant vers Ryan, le regard dur, mais avec ce voile de souffrance qui s’installe. Le même qu’elle avait quelques années plus tôt.
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Maeleen K. Baker
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MessageSujet: Re: « Angel or demon, I gave up my soul. » - RYAN L. & MAELEEN K. B.   Sam 10 Sep - 15:22

Ryan Lewis a écrit:
    Si Ryan a du mal avec ces moments de sincérité et d’émotion, c’est parce qu’ils lui rappellent qu’il n’est pas cette machine à réussir qu’il voudrait être. Oui, l’espace d’un instant, Maeleen le fait redevenir cet homme qui n’ose pas aller sur la tombe de sa mère, tant le souvenir de sa mort est encore vivace. Cet homme qui souffre encore de réussir, d’accéder à un pouvoir et une fortune conséquente dans un monde où elle ne peut plus profiter de ce succès. Il redevient cet homme qui parfois regrette de ne pas avoir parlé plus longuement avec Luna. Oui, il regrette de ne pas avoir su trouver les mots ni la patience de lui expliquer qu’il valait mieux prendre tous les risques et se hisser aux sommets, plutôt que passer une vie entière comme de vulgaires petites frappes, à craindre jusqu’à son ombre. Il est cet homme qui se rend compte qu’il a trente et un ans et qu’il est complètement seul, qui n’ose pas rêver à une famille parce que ça lui rappelle immanquablement qu’il y a peut être déjà renoncé quelques années plus tôt. Et cet homme, Ryan ne peut pas l’être. C’est bien trop douloureux. Il n’a pas détruit toutes ces vies et commis tous ces crimes pour se perdre dans ce genre de regrets.

    Et pourtant, les secondes passent et il ne met pas fin à cet instant d’émotion. Il ne trouve pas les mots pour mettre fin à tout ça. Au contraire, il continue de faire sourire Maeleen, comme elle ne sourit jamais d’habitude. Et il continue de s’en satisfaire. Pire encore, il n’arrive même pas à cacher son émotion lorsque la jeune femme lui dit qu’ils sont un duo, que c’est à eux deux qu’ils forment le cœur de l’équipe. L’espace d’un instant, le jeune homme baisse la tête pour masquer le sourire qui étire ses lèvres. Puis, il relève la tête et parvient tout de même à lui dire. « Je me voyais plus comme le cerveau de l’équipe, mais ça me va aussi. »

    A sa déclaration de fidélité, Ryan répond par un hochement de tête. Il n’a pas besoin d’en dire plus. Ce qu’elle lui dit, il le savait déjà. Maeleen lui en a fait voir de toutes les couleurs. Surtout lors des premiers mois après leur rencontre. Mais s’il est une offense qu’il ne lui a jamais faite, c’est celle de lui mentir. Ou si elle l’a fait, elle l’a fait avec tant d’adresse que Ryan ne s’en ai jamais rendu compte. Aux yeux de Ryan, Maeleen est la personne la plus honnête et la plus loyale qu’il a jamais connue. D’ailleurs, elle l’est peut être trop pour un monde où faux semblants et hypocrisie sont des gages de survie. Autant dire, qu’elle est la seule personne dont il peut dire qu’il la croit sur parole lorsqu’elle lui dit qu’elle lui sera fidèle.

    En quelques secondes, l’ambiance change du tout au tout. Et pour cause, Maeleen lui offre une autre vérité. La vérité, celle qui lui cause de se comporter comme elle le fait. Pour avoir observé la jeune femme, Ryan sait qu’il ne faut pas être fin psychologue pour se rendre compte que sa vie n’a pas toujours été rose. Mais, Ryan n’a jamais su ce qui lui est arrivé. Il ne peut même pas l’imaginer. Certains lui reprocheront de ne jamais avoir demandé à Maeleen quel est ce mal qui la ronge. Ou même s’il y a un mal qui la ronge, ou si sa froideur et son agressivité ne cachent pas une simple frayeur. Mais s’il est certain d’une chose, c’est bien que Maeleen ne l’aurait pas supporté pendant deux ans, s’il s’était montré trop curieux. Si on le lui demande, Ryan dira sûrement qu’il n’a aucun intérêt pour son histoire. Mais bien évidemment, c’est un mensonge. Il n’y a qu’à voir son attitude à ce moment précis pour s’en rendre compte.

    Le jeune homme suit la brune du regard alors qu’elle fait les cent pas dans son bureau. Il ne dit rien et ne montre pas le moindre signe d’impatience. Il attend qu’elle soit prête. Parce qu’il ne lui faut pas bien longtemps pour comprendre que s’il la presse, les conséquences pourraient être désastreuse. Et dans cette attente, il se rend compte d’une réalité qui le surprend. Il se rend compte qu’il est pour lui hors de question de réduire ce qu’il a construit avec elle en cendres. Lui, qui n’a pas hésité à le faire une première fois, pourtant. D’ailleurs, peut être est-ce même parce qu’il la déjà fait une fois, qu’il ne veut pas le faire avec Maeleen. Peut être est-ce parce qu’il sait ce que ça fait, qu’il ne veut pas passer le restant de ses jours à revoir la douleur et l’incompréhension se peindre sur son visage. Tout ce dont il est sûr, c’est qu’il n’arrivera plus jamais à se convaincre qu’il cherche simplement à préserver une arme.

    Lorsqu’enfin le récit commence, le jeune homme écoute attentivement. Et il s’abstient de tout commentaire lorsqu’elle parle de la situation misérable de ses parents. Et ce, même s’il a tout de même une pensée ironique lorsqu’elle en parle. Ils ont quand même un point commun. Ryan, aussi, a commencé comme l’enfant dont personne ne voulait. Sinon, il ne se serait jamais retrouvé orphelin aussi tôt et surtout pas de la manière dont ça s’est déroulé. Mais bien sûr, ce n’est pas ça le pire. L’abandon est douloureux, Ryan le sait mieux que personne, mais même pour lui ce n’est pas tant ça qui l’a marqué que l’humiliation qu’il a subie durant toutes ces années. Humiliation qu’il n’aurait jamais l’occasion de réparer. Pour Maeleen aussi, le plus douloureux est ailleurs. Même si on ne la croit pas sur parole, il suffit de la voir s’occuper des verres sur le mini bar de l’homme d’affaire pour s’en rendre compte. Ryan se lève et fait quelques pas vers Maeleen. Pas trop, il reste tout de même à distance. Il ne sait que trop bien ce qui se passe lorsque l’on s’aventure trop près de l’espace vital de Maeleen. Et c’est encore pire lorsqu’elle est dans l’état de nerfs dans lequel elle se trouve à ce moment précis.

    Quatorze ans, un père avec des dettes, et avec une idée, une solution. A ce moment là, Ryan sait. Mieux que personne, il connaît la solution que trouve un parent seul et criblé de dettes. Mais à ce moment là, il ne veut pas y croire, il ne peut pas y croire. Un fils, même Ryan, tuerait pour que sa mère n’ait pas recours à ce genre de solution. Et pourtant, elle le dit. Maeleen était la solution de son père, son ticket pour fuir la misère. La suite, il ne l’entend pas vraiment. Il voit la fureur et la détresse de la jeune femme, mais il n’arrive pas vraiment à déchiffrer les mots. Et pour cause, tout son être est envahi par une sensation qu’il croyait ne plus jamais ressentir. Par un poison qui déchire ses entrailles et consume tout son être. La haine. La même que celle qui l’a animé lorsqu’il a retrouvée sa mère morte alors qu’il n’était qu’un adolescent. Une haine d’autant plus forte qu’il sait pertinemment que les clients qui ont abusé de Maeleen ne s’en sont jamais repentis. Et parce qu’il sait que même s’ils avaient demandé son pardon, ça n’aurait pas suffi, ça n’aurait pas réparé ce qu’ils ont fait. Ryan les hait tous, et il hait ceux qui courent encore à Cleyn, non pas parce qu’ils ont détruit Maeleen et sa mère, mais parce qu’il sait que même s’il avait pu protéger l’une et l’autre, il aurait peut être rencontré une autre fille que la perversion et la misère affective de ces porcs aura souillée. Et malgré toutes les horreurs qu’il a commises lui-même, même s’il dit avoir accepté cette réalité, il enrage de voir encore une fois que le pouvoir de quelques billets, justifie de telles horreurs.

    Ryan revient à la réalité lorsque quelques verres valsent et lorsque l’un d’entre eux s’écrase contre le sol. Dans le regard de Maeleen, il ne voit plus que colère et souffrance. La même que celles qui l’animaient lorsqu’il l’a rencontrée pour la première fois. Et comme la première fois, Ryan ne se laisse pas toucher par cette vision. Au contraire, il fait même mine de ne pas voir son manège avec les morceaux de verre qu’elle tient en main et retourne à son bureau, ou plutôt à son téléphone. Rapidement, il compose un numéro et après quelques secondes de silence, prend la parole. « Fais passer le message. Je ne veux plus une seule prostituée, ni un seul gigolo dans les rues de Cleyn. » Une pause, juste le temps d’entendre des protestations s’élever. « Et bien, vous feriez bien de vous y mettre tout de suite. Tu sais très bien ce qui se passe lorsque je n’obtiens pas ce que je veux. » Les muscles de sa mâchoire se contractent, signe que sa patience atteint son extrême limite. « Je ne veux pas le savoir. Débrouillez-vous ! Et surtout, ne leur faites pas de mal. Leurs « patrons » par contre…faites leur passer l’envie de faire affaire de cette manière là. » Un autre silence et cette fois c’est un soupir qui s’échappe des lèvres du jeune homme. « Dirigez-les vers le foyer de réinsertion, de la ville…Oui, celui que Queen a inauguré. Pour une fois que cet idiot a une bonne idée, profitons-en. »

    La vérité, c’est que ça lui fait un peu mal de devoir une fière chandelle à Justin Queen. Pas parce qu’il le déteste, non. Il ne le connaît pas vraiment. Certes, il a la réputation d’un jeune homme arrogant, méprisant et moralisateur malgré son passé sulfureux, mais ce genre de choses n’intéressent pas Ryan. Ce qui gêne le « nouveau riche », c’est que cet homme que des pantins endimanchés ont couvert alors qu’il faisait sa crise d’adolescence, cet enfant gâté qui n’a jamais eu à déploré que la perte de ses parents, soit considéré comme la meilleure chose qui soit jamais arrivée à Cleyn. Les quelques œuvres caritatives qu’il a faites pour réformer son image en font de lui l’une des figures les plus respectées de la ville. Ryan lui ne retient de Queen que le fait qu’il l’a devancé de quatre ans –les quatre ans qu’il a passés à se hisser comme LA puissance immobilière de la région- là où un homme moins hypocrite l’aurait devancé de vingt-neuf.

    Mais bien sûr, Ryan ne va pas cracher sur ce qui est utile. Et encore moins, si ça peut soulager, ne serait-ce qu’un peu, Maeleen. Une fois ce coup de fil terminé, il pose le téléphone et lui redonne toute son attention. « Ca fait des années que ça devait être fait. Et ça risque d’en prendre quelques années de plus, d’ailleurs. Mais si ça peut éviter à une gamine de donner des ‘idées’ à son père… » Le jeune homme fait une petite pause avant de reprendre. « …enfin, n’en parlons plus. » Certes, elle a besoin d’en parler. Ryan le sait. Mais, pour l’instant, il n’est pas prêt à lui apporter le réconfort dont elle a besoin. Il ne connaît pas les mots qui l’apaiseront.

    Tout ce qu’il peut faire –et ce qu’il fait donc-, c’est risquer de s’avancer vers elle, pour lui retirer les morceaux de verre qu’elle a dans les mains. Le jeune homme arque les sourcils à la vue de sa main criblée de plaies plus ou moins profondes. « Finalement, j’aurais peut être du mettre de l’alcool de côté. » Marmonne-t-il plus pour lui-même que pour elle. Pendant quelques secondes, son regard reste fixé sur la main blessée de la jeune femme. Puis, il dépose les morceaux de verre brisé sur le comptoir du mini-bar, le temps d’improviser un pansement avec un mouchoir et du scotch. Une fois ceci fait, ce qui était son verre finit à la poubelle.

    « Ne restons pas ici. » lui dit-il ensuite. « On va désinfecter ces plaies, et après on va prendre l’air. Ca te fera du bien, je pense. Et moi aussi, j’ai besoin de me changer les idées. Je te laisse même choisir le programme de la soirée. Tu l’as bien mérité. » La encore, ce n’est pas la situation idéale, mais la meilleure qui lui vient en tête pour l’instant. Reste à voir, si Maeleen est de cet avis, ou si elle préfère reprendre ses esprits de son côté. Connaissant Maeleen, Ryan se prépare à la seconde éventualité. Même s’il n’a jamais vu Maeleen dans ce genre de situations. D’ailleurs, dans l’idéal, il ne la verra plus jamais dans ce genre de situations. Et encore heureux. Il ne sait déjà pas comment il va s’y prendre pour apaiser la souffrance qui la torture chaque jour. Comment s’en sortira-t-il si jamais un autre homme vient à la briser une nouvelle fois ?

Maeleen K. Baker a écrit:
Pour une raison qui lui échappe encore, Maeleen avait eu ce besoin de tout dire à Ryan. Qu’il comprenne enfin pourquoi tant de haine la ronge depuis toutes ces années. Dans l’ensemble, si elle lui a fait cette confession, c’est justement parce que sa confiance en lui est immense. Et jamais cela ne changera, elle le sait. Si elle avait eu le moindre doute, jamais elle ne se serait lancé dans ces explications qui révèlent une grande partie de son passé. Toute son histoire, aussi dramatique soit-elle. Peut-être voulait-elle que cela la soulage un petit peu mais, ce n’est pas ce qui arrive. Au contraire, même si on pourrait croire que ça lui a fait du bien, elle ressent toujours cette douleur qui lui poignarde le cœur à chaque respiration qu’elle prend. Il y a toujours en elle cette colère qui la détruit, et qui détruit aussi les autres. Souvent, elle craint d’être une grande menace pour les personnes qui sont dans son entourage. Certes, ils sont peu nombreux, mais eux, ils comptent vraiment dans la vie de la jeune femme. Et il n’est pas sûr qu’elle supporterait un nouveau drame. D’ailleurs, comme elle l’avait dit à Ryan, elle reste toujours fidèle. Que ce soit dans le travail, ou dans ses relations. Elle ne s’imagine pas perdre l’une de ces personnes.

Ce sont ceux qui ont réussis à se faire une place dans sa vie. Ceux qui sont passés au travers de son comportement destructeur. Sans qu’elle comprenne toujours pourquoi, ils parviennent à faire partie de sa vie. Et même si elle ne le souhaitait pas, lorsqu’elle s’en rend compte, il est déjà trop tard. Ils sont là, et elle n’a aucun moyen de les chasser. Et quand bien même elle le voudrait... elle ne le pourrait pas. Maeleen connaît bien l’abandon, la solitude. Bien évidemment, elle aime être seule -elle ne dira pas le contraire- mais parfois, elle voudrait autre chose. Rien que le temps d’une journée, d’une soirée. Même si elle n’est pas la fille la plus amusante au monde, ni la plus sociable, elle a quelques qualités qui se cachent encore. Des qualités qu’elle ne montrent pas, pas même aux personnes qui sont avec elle. Parce que c’est encore trop tôt pour certaines. Et pour d’autres, peut-être ne comprendraient-ils pas qu’elle change brusquement de comportement. Mais quoiqu’il en soit, elle n’est pas toujours ce monstre, et elle le prouve en racontant son histoire.

Les mots lui viennent difficilement. Ce n’est pas simple à dire, et encore moins lorsque les souvenirs affluent dans sa mémoire. A chaque mot, elle revoit le visage d’un homme. Elle entend ces paroles qui se voulaient être réconfortantes, mais qui ne l’étaient pas. Comment cela aurait-il pu être le cas ? Certains voulaient qu’elle se sente bien. Comme si c’était possible. Elle n’avait pas son mot à dire, elle n’avait pas le droit de dire non. Il fallait qu’elle le fasse, parce qu’elle se doutait qu’en refusant ce serait pire encore. Que son père n’hésiterait pas à lui faire passer cette envie de se rebeller. Il fallait que Maeleen encaisse en silence, qu’elle se laisse faire par tous ces porcs. Elle n’avait pas le choix, comme elle l’explique à Ryan. Elle n’était qu’une marchandise que l’on vendait à des pervers pour satisfaire leur plaisir. Mais elle... On n’y pensait pas. Ils ne pensaient pas un seul instant que ce n’était encore qu’une gamine qui voulait vivre encore un petit peu dans l’enfance. Qui voulait préserver son innocence et sa dignité. Malheureusement, même son père ne l’avait pas compris. Seul le fric avait son importance. Après tout, pourquoi ce serait-il soucié de cette gamine qu’il n’a jamais voulu ? Elle n’était qu’un moyen d’avoir de l’argent facilement. Rien de plus, rien de moins.

Son récit venait de prendre fin. Même si elle aurait voulu en dire davantage, elle ne le pourrait pas. Elle préfère se faire du mal avec les quelques morceaux de verre qu’elle serre fortement dans sa main. Une douleur physique qui en remplace une autre, bien plus profonde. Là, elle en garde le contrôle, elle souffre seulement si elle en a envie. Alors que l’autre, elle ne peut rien faire. Ça lui fait mal, son cœur se brise un peu plus à chaque fois -même si elle fait croire qu’il est de glace-, et les souvenirs sont encore plus fort. Bien plus que sa volonté, bien plus que sa haine. Parce que sur eux, elle ne peut rien faire. Elle aimerait qu’ils disparaissent une bonne fois pour toute. Qu’elle oublie cette partie de sa vie. Cela la rendrait déjà un peu plus humaine. Bien qu’elle doute que cela changerait quelque chose à sa vision des relations. Le respect passe avant le reste. Le respect de soi, bien évidemment. Et jamais elle n’aura une once de respect pour une personne qui n’en n’a pas pour elle-même.

La jeune femme écoute Ryan qui est au téléphone. Elle ne bouge pas, elle serre toujours le poing. Elle est bien trop nerveuse pour faire quelque chose, ou dire encore un mot. Il faut qu’elle se calme, qu’elle reprenne ses esprits. La seule chose qu’elle se refuse, c’est de verser des larmes. Parce qu’ils ne méritent pas qu’elle pleure. Mais si elle le faisait, ce serait légitime. Sauf qu’aux yeux de la jeune femme, c’est une preuve de faiblesse. Et elle ne veut pas paraître faible. Pas même après avoir raconté son histoire. Elle préfère la colère qui est plus... parlante. Ce n’était peut-être pas la meilleure des solutions, elle aurait pu en trouver une autre. Mais à quoi bon ? Elle ne pouvait plus être la gentille Maeleen qui sourit tout le temps. Elle ne pouvait pas faire semblant d’être bien alors que ce n’était pas le cas. Et là, au moins, les gens savent directement à qui ils ont affaire. Et s’ils veulent en connaître davantage sur la jeune femme, ils doivent être patients et passer au travers de ce qu’elle dégage.

Plus aucune prostituée ? Voilà une mission qui risque d’être difficile. Et pourtant, cela soulage un peu Maeleen. Cela ne peut lui faire que du bien. Ne plus voir des prostituées lorsqu’elle sort dans la rue. Dans le fond, elle ne sait pas qui elle haït le plus. Ces femmes qui acceptent de faire le trottoir, ou les hommes qui les obligent ? C’est une question assez difficile. Pourtant, elle sait que certaines n’ont pas eu le choix, comme elle. Seulement, elle ne parvient plus à trouver des excuses aux gens. Elle a vu trop de choses horribles pour qu’elle puisse encore le faire. Néanmoins, elle apprécie le geste et se calme peu à peu. Son cœur reprend un rythme normal, et elle desserre un peu son poing. La douleur s’estompe peu à peu, jusqu’à ce qu’elle reprenne vraiment ses esprits. N’en parlons plus. En effet, pour le moment, c’est préférable. D’autant qu’il a eu le bon comportement. La jeune femme n’aurait pas supporté qu’il vienne près d’elle pendant son récit. Cela aurait pu être catastrophique. Lorsqu’elle est nerveuse, elle est imprévisible.

De ce fait, lorsqu’il vint vers elle ensuite, Maeleen n’a aucun mouvement de recul. Une fois -plus ou moins- apaisée, il n’y a plus aucun risque. Bien qu’elle n’aurait rien fait contre lui, elle le sait très bien. Ainsi, lorsqu’il retire les morceaux de verre, la jeune femme grimace légèrement. Elle aurait peut-être du y réfléchir à deux fois avant de faire une chose pareille. Mais au moins, grâce à cette souffrance voulu, elle a pu reprendre le contrôle, ce qui n’est pas rien. « Ce n’est pas aussi grave que ça en paraît... Je vais survivre. » finit-elle par dire. Après tout, elle a déjà vu bien pire, et elle est encore là.

Après qu’il lui ait fait un pansement, il lui propose de faire quelque chose. Si habituellement elle aime être seule, pour cette soirée, elle sait que ce ne serait pas une excellente idée. Être seule serait bien trop difficile. Elle ne fera que penser à son histoire, et cela la rendrait dingue. Elle ne pourrait même pas en dormir de la nuit, de peur de faire des cauchemars tous trop douloureux pour qu’elle les supporte encore. Maeleen réfléchit quelques secondes à un endroit où elle aimerait se rendre. Un endroit calme, de préférence. « J’aimerais me rendre à la rivière, si cela te convient ? » demande finalement la jeune femme. C’est l’endroit idéal. Calme et apaisant. Et elle l’espère, qui ne sera pas fréquenté par des jeunes qui ne seraient pas là pour la beauté du paysage. « On peut se prendre quelque chose à manger, aussi. » ajoute-t-elle en souriant très légèrement. Certes, ce n’est plus le même sourire qu’elle avait eu quelques minutes plus tôt, mais il lui en reste quand même. Elle retrouve cette force en elle qui lui permet de passer outre les souvenirs. A partir du moment où elle ne sera pas seule, elle sait que tout ira bien. « Et... merci. » termine la jeune femme en ancrant son regard dans le sien. Un mot qu’elle ne dit que très rarement. Un simple merci pour l’avoir écouté... Mais surtout, d’être resté depuis toutes ces années malgré toutes les difficultés.

Ryan Lewis a écrit:
    Ryan aurait voulu pouvoir dire que ces révélations ne changeront rien entre eux. Il aurait voulu pouvoir dire que les mots si horribles de Maeleen ne l’ont pas touché. Mais, c’est bien loin d’être la vérité, malheureusement. Difficile d’ignorer que derrière ce masque de haine et de froideur qu’il a connu pendant si longtemps se cache une jeune femme que l’on a détruite à petit feu. Et encore plus lorsque dans son regard se trouve encore les stigmates de deux ans d’enfer. A partir de là, même s’il voudrait le faire, ce serait difficile de ne pas songer à ce qu’on a bien pu lui faire quelques années plus tôt. Mais bien sûr, Ryan gardera ça pour lui, jusqu’au bout. Parce que Maeleen lui fait confiance. C’est une raison bien suffisante pour qu’il ne laisse pas ce récit l’ébranler, d’autant plus dans des moments comme celui-ci où il doit être fort pour deux. Evidemment, Maeleen préfèrerait mourir plutôt qu’admettre à quel point en parler ce soir-là la secoue. Mais, Ryan le sent. Et de toute façon, il sait très bien que si ce passé n’avait plus aucune prise sur Maeleen, que si la crise qu’elle lui a fait quelques instants plus tôt est un incident isolé, elle n’aurait jamais ressenti le besoin de lui en parler.

    Pour la première fois depuis longtemps –la mort de Luna-, Ryan éprouve des regrets. Il sait très bien qu’il n’aurait rien pu faire. A l’époque, Ryan n’avait pas le bras assez long pour agir sur Cleyn toute entière, et maintenant encore, il n’a aucune influence sur ce qui peut se passer à Dublin. Mais, ça ne l’empêche pas de regretter d’avoir toléré la prostitution si longtemps. Le jeune homme s’est tellement préoccupé de son ascension, croyant que seul l’argent et le pouvoir pourraient lui permettre de prendre sa revanche sur la vie, qu’il en a oublié l’essentiel. Il a laissé d’autres personnes que sa mère –souvent des gamines plus jeunes encore que Maeleen- être réduites à l’état d’instrument de plaisir pour des pervers, dont la seule valeur se mesure par leur argent. Pire encore, il a laissé d’autres enfants, regarder la lente déchéance de leur mère. Et ce alors qu’il sait mieux que personne à quel point c’est douloureux de voir un parent dépouillé de sa dignité, et de se dire que l’on est quelque part responsable de cette tragédie. Si Ryan a brisé pas mal de vies sur son chemin et s’il continuera d’en briser si les circonstances l’exigent, son inaction dans le domaine de la prostitution est impardonnable.

    De ce point de vue, le récit de la jeune femme est quelque chose de bénéfique. Il permet à Ryan de faire le bilan et de se rendre compte qu’il s’est trompé sur toute la ligne. Le jeune homme ne peut certes pas revenir sur ce qu’il a fait pour quelques dollars de plus. D’ailleurs, il n’en a pas l’intention. Il sait également que Maeleen ne lui demandera pas de se transformer en une sorte de mécène dont le but est de laver Cleyn de ce qu’elle a de plus sombre. Il n’y a rien de plus ridicule qu’une telle cause. D’ailleurs, si Luna lui avait survécu, elle n’aurait sûrement pas voulu qu’elle se repente, elle non plus. Seulement, maintenant, il se rend compte qu’il s’est menti à lui-même. Il ne peut pas tout sacrifier sur l’autel de l’argent et du pouvoir. Ce serait commettre la même erreur que sa mère a faite. Pire encore, en sacrifiant toute morale au tout puissant dollar, il deviendrait comme le père de Maeleen : un monstre qui ne mérite aucune clémence. D’ailleurs, Ryan lui ressemble plus que ce qu’il admettra jamais. Il a déjà trahi quelqu’un qu’il aimait par ambition. Et après ce que Maeleen lui a dit, Ryan doute qu’il arrivera à vivre en paix avec cette décision un jour.

    Mais, il ne laissera pas cette réalité l’abattre. Le jeune homme continuera d’assumer ce qu’il a fait. Et pour l’instant, ce n’est pas lui qui a besoin d’aide. Le temps viendra peut être où il parlera à la jeune femme. Il lui confiera peut être son histoire avec Luna, et même ce qui s’est passé avant cette relation. Mais pour l’instant, il doit être fort. Son combat avec sa conscience ne regarde que lui. Contrairement à lui, Maeleen souffre d’un choix qui n’est pas le sien. C’est bien assez pour que Ryan fasse pour une fois preuve d’altruisme, pour une fois.

    Mais bien sûr, son altruisme a des limites. Maeleen est trop fière pour prendre ses blessures au sérieux. Ce qui bien sûr est très loin d’étonner Ryan. Il connaît bien la jeune femme : pour elle, il vaut mieux mourir plutôt qu’admettre être faible. Et de ce point de vue, ils se ressemblent beaucoup. C’est pourquoi le jeune homme n’insiste pas. Il fait confiance à Maeleen pour faire ce qu’il faut lorsqu’elle sera de nouveau seule. Ce qui risque de prendre un peu plus de temps que ce qu’ils avaient tous les deux prévu, parce qu’il ne se contentera pas d’un simple pansement pour l’aider.

    La jeune femme accepte la proposition du jeune homme. Ca n’a pas l’air de grand-chose, mais pour Ryan c’est énorme. C’est le signe de la confiance immense qu’elle lui accorde. S’il lui avait proposé une telle sortie deux ans plus tôt, elle l’aurait rabroué comme seule Maeleen sait le faire. Et s’il l’avait proposé, un an après leur rencontre, elle l’aurait également refusé. Encore une fois, le jeune homme ressent cette étrange satisfaction, qui est peut être mal placée cette fois. Une satisfaction telle que le jeune homme lui un des rares sourires chaleureux qu’il adresse. Un sourire qui est la réponse du sourire sincère, mais bien entendu moins éclatant que les précédents que celui qu’elle lui a adressé un peu plus tôt. Puis, vient le moment que le jeune homme redoutait. Connaissant Maeleen, il s’est presque attendu à ce que ce merci ne vienne jamais. Et quelque part, il l’a espéré. Parce que ça le renvoie à la vanité de son action. Chasser le plus vieux métier du monde de Cleyn semble impossible même avec toutes les ressources dont il dispose que ce soit en hommes en armes ou en argent. Sans compter que ça lui rappelle qu’il n’a pas été quand elle a eu besoin de quelque pour la tirer des griffes des pervers. Tout comme il n’a pas été là pour les autres désespérés qui vivent de ce métier.

    « Ne me remercie pas. » Lui dit-il donc pour toutes ces raisons et pour bien d’autres encore. Mais surtout parce que… « …je le fais aussi pour moi. Pour tenir une promesse vieille de plusieurs années. » Le jeune homme détourne le regard. Pour la première fois depuis qu’il connaît Maeleen, il n’ose pas soutenir le regard de la jeune femme. Un aveu de faiblesse, il veut bien le reconnaître. Mais en cet instant précis, Ryan se demande s’il mérite sa confiance. « Ma mère était prostituée. » Lâche-t-il ensuite rapidement. Un aveu sur lequel il n’est pas prêt à épiloguer. Heureusement, cette soirée, bien qu’elle tourne aux confessions, appartient à Maeleen et pas à lui

    « Une seconde. » Lui dit-il ensuite, plus pour éloigner la conversation de son passé. De nouveau, le jeune homme prend le téléphone. Cette fois pour passer un appel plus courte distance que celui qu’il a passé quelques instants plus tôt. Et pour cause, cette fois il s’agit simplement de dire à sa secrétaire qu’il prend sa soirée et qu’il ne veut pas qu’on cherche à le contacter. Comme son homme de main un peu plus tôt, elle semble surprise par cette demande. Signe que dans sa course du pouvoir, Ryan en oublie d’être humain et de vivre. Une pensée qui le fait soupirer lorsqu’il pose de nouveau le combiné.

    « Pour la nourriture, on peut se prendre du pain bagnat et des boissons, qu’est-ce que tu en dis ? » Dit-il ensuite, en se retournant vers Maeleen. Ce n’est pas exactement un plat gastronomique, mais pour une sortie improvisée ce sera parfait. Et ce sera toujours plus nourrissant que ces plats si renommé donnés en quantités négligeable. Sans compter, que Ryan ne se voit pas du tout demander des plats à emporter à un grand cuisinier. « Il y a une sandwicherie pas loin d’ici. J’y vais souvent quand je n’ai pas le temps de prendre une vraie pose déjeuner. Sinon, on peut toujours se prendre une petite portion de pattes ou de Paëlla, mais je ne te garantis pas la qualité du repas, dans ce cas là. »

Maeleen K. Baker a écrit:
Rares sont les fois où Maeleen remercie quelqu’un. Ce n’est pas dans ses habitudes. Elle estime ne rien devoir à personne. Mais là, en cette soirée, il fallait qu’elle le dise. Elle venait de mettre des mots sur sa haine, et elle ne l’a pas fait devant n’importe qui. Ryan était en droit de connaître les raisons pour lesquelles la jeune femme se comporte de la sorte. Certes, cela ne changera rien entre eux, mais d’un côté, elle ne porte plus ce fardeau toute seule. Ce n’est pas non plus une libération, elle ne se sent pas mieux. Elle a simplement l’impression que quelque chose se calme un petit peu en elle. Qu’à présent, il comprendra mieux pourquoi faire du mal aux hommes ne lui fait rien. Et aussi pourquoi elle n’exprime aucun regret ou aucune peur de le faire. Ce n’est qu’une longue vengeance qu’elle peut enfin mettre au point. D’accord, ce ne sont pas eux qui lui ont fait du mal, mais ils auraient pu le faire. Et rien que pour ça, ils méritent de perdre la vie. Après tout, elle se doute bien que le jeune homme n’exécute pas une personne sans histoire.

Et même si c’était le cas, est-ce que cela lui poserait problème ? Pas vraiment. Elle ne connaît pas ces gens, elle ne peut donc rien ressentir. Vivre ou mourir, quelle importance ? Pour elle, il n’y en a pas. Pour eux, peut-être. Mais s’ils meurent, c’est que cela devait se passer ainsi. Elle ne pleurera pas pour eux, tout comme elle ne pleure pas pour elle-même. Elle aurait des centaines de raisons de le faire. Mais il est hors de question qu’elle paraisse faible devant quelqu’un. Et ce, même si elle le connaît depuis deux ans. Elle préfère attendre d’être seule, et là encore, elle déteste quand même cette faiblesse qui parvient toujours à la surprendre. Ses larmes se transforment souvent en colère. Surtout la nuit, lorsqu’elle se réveille en sursaut après un cauchemar. Elle aimerait qu’ils disparaissent, eux aussi. Mais elle n’a aucun moyen de le faire. Le psychologue lui avait dit qu’à force, elle parviendra à vivre avec elle. Qu’elle allait se sentir mieux au fil des mois ou des années. C’était une grosse erreur. Il n’avait pas cerné la personnalité de Maeleen, tout comme les habitants de cette ville ne le pourront jamais.

La jeune femme est bien trop différente. On le remarque rien qu’en voyant son style vestimentaire qui est à mille lieux de celui des filles de Cleyn. Elles, elles préfèrent les tenues courtes, comme si elles avaient pris les vêtements de leurs petites sœurs. Des petites jupes qui arrivent juste en bas des fesses, des hauts qui ne cachent plus rien. Des talons vertigineux, un maquillage bien trop voyant, comme si elles avaient mis un pot de peinture sur leurs visage. Maeleen, elle, ne s’habille pas de cette façon. Pendant longtemps, elle avait haït son corps. Elle ne supportait même pas de le voir dans un miroir. Elle avait eu cette idée de se mutiler afin que son corps ne ressemble plus à rien, afin que les hommes n’aient plus envie de la regarder. Mais, elle ne l’avait pas fait. Elle n’avait pas à se punir pour eux. Plutôt que de faire une telle chose, elle mettait des vêtements trop larges pour elle, un look un peu masculin. Mais elle s’en fichait. Cela lui convenait très bien. Et puis, au fil des mois, elle a aussi apprit à aimer de nouveau son corps, ce qu’elle était. Elle est devenue un peu plus féminine, sans pour autant être vulgaire. Mais même encore aujourd’hui, même si elle se maquille et qu’elle met des talons, elle garde toujours un côté plus... décontracté. Elle n’hésite pas à mettre des jeans amples avec des boots qui font penser à des chaussures militaires. Oui, son look est spécial, mais c’est ainsi qu’elle se supporte. Et elle se fiche bien de connaître l’avis des autres. Ils ne sont pas elle. Certes, cela la rend moins séduisante et féminine... Mais n’est-ce pas ce qu’elle recherche, justement ?

Maeleen ne pensait pas qu’un jour elle serait surprise par des propos venant de Ryan. Suite à son remerciement, il lui fait cette révélation. Une promesse d’abord, et cet aveu. Ce qui fut aussi surprenant, c’est que le regard du jeune homme avait quitté le sien. Sa mère était une prostituée. Et ça, elle ne s’y attendait vraiment pas. Ce fut un énorme choc, elle ne réalisait pas encore. Mais en même temps, elle se doutait bien qu’il ne voulait pas en dire davantage. Et d’ailleurs, elle ne le poussera pas à le faire. Sur ce point, ils se ressemblent bien plus ce qu’ils peuvent croire. Si on les force à dire quelque chose, ils resteront muets. Et pourtant, le regard de la jeune brune se voile légèrement. Elle connaît cette souffrance. Et elle s’imagine très bien que cette situation ne devait pas être facile pour lui. Par respect pour lui, elle n’ajoute rien, et ne demandera aucune explication. Mais s’il peut être certain d’une chose, c’est que Maeleen sera là, si un jour l’envie lui prend d’en parler. Elle ne lui tournera jamais le dos.

Elle attend simplement qu’il ait passé son coup de téléphone. Elle s’approche du bureau, et sourit en prenant l’arme qu’il lui a offert quelques minutes plus tôt. Et à ce moment-là, elle ne s’imaginait pas une seule seconde que cette soirée prendrait cette tournure. Mais dans le fond, cela n’est pas dérangeant. Ce n’est que la preuve d’une confiance absolue. La jeune femme glisse l’arme dans son dos, le bloquant dans sa ceinture, elle se saisit également du permis de port d’armes, qu’elle met dans la poche intérieure de sa veste. Maintenant, ils peuvent partir et profiter pleinement de cette soirée. Elle a vraiment besoin de se changer les idées.

« Je vais prendre la première option. » finit-elle par dire en souriant. « Je ne mange pas énormément, de toute façon. » et sa silhouette le prouve assez bien. D’autant que son appétit est réduit suite à toutes ces révélations. Et puis, inutile de prendre des plats élaborés avec soin pour se rendre à la rivière.

Ils sortirent ensuite du bureau de Ryan, traversant le couloir jusqu’à se rendre à l’ascenseur. Une fois à l’intérieur, la jeune femme appuie sur le bouton du rez-de-chaussée, laissant le silence prendre place dans la cabine. Elle avait besoin de quelques minutes de silence pour se remettre de tout cela. D’ailleurs, elle ne trouve pas les silences dérangeant, au contraire. Une fois à destination, ils sortirent et quittèrent le bâtiment. Regardant sur la gauche, Maeleen eut un mince sourire et se tourne vers le jeune homme. « Je te laisse prendre notre repas... Je vais à la pharmacie, pendant ce temps. J’ai pas envie de finir à l’hôpital à cause de ça. » glisse-t-elle avec un mince sourire. Elle n’est pas stupide au point de laisser ses plaies comme ça, au risque d’avoir une infection par la suite. « J’en ai pas pour très longtemps... Je te rejoins après. » ajoute la jeune femme en tournant les talons, se dirigeant vers la pharmacie ouverte de nuit -une chance que cela existe. Elle y arrive deux minutes plus tard et entre. Se dirigeant vers la pharmacienne, elle demande du désinfectant, des pansements ainsi qu’un rouleau de sparadrap. Elle paye le tout et ressort de la pharmacie. Et finalement, elle part rejoindre Ryan à la sandwicherie.

Ryan Lewis a écrit:
    Cette fois, Ryan aurait peut être du remercier Maeleen. Il n’est pas idiot, il sait parfaitement que pas mal de questions se bousculent dans la tête de la jeune femme. Et d’autant plus que c’est la première fois qu’il laisse apparaître une faille devant quiconque depuis des années. Mais, elle ne demande rien, elle ne le force pas à la regarder. Elle lui laisse le temps d’accuser ce coup et de rebâtir les murailles qui entourent son cœur, sans un mot. Pour ça, Ryan est reconnaissant. Et ce, même si le mot merci ne sort pas de ses lèvres. Le faire, ce serait admettre à quel point ça le gêne de parler de sa mère. A quel point le souvenir de cette femme qui a sacrifié jusqu’à sa dignité pour assurer la survie de son fils est douloureux pour lui. Et s’il fait confiance à Maeleen, bien plus qu’au commun des mortels, il n’est pas encore prêt à ça. Au contraire, il est trop habitué à ce que le pouvoir qu’il amasse l’isole pour se livrer. Et qui peut le blâmer ? C’est tout ce qu’il a gagné de toutes ces années à utiliser, briser et tuer la plupart des gens qui se trouvent sur son passage, tout ça pour ne plus jamais ressentir la sensation d’impuissance qu’il avait eue étant jeune. Oh, en temps normal, il s’en accommode. En fait, il est presque venu à croire que la plupart des gens ne méritent pas qu’il se mélange à eux. Et puis, il y a les moments où le souvenir de sa mère revient le torturer. Et dans ces moments-là, l’empire qu’il a bâti et qu’il continue de construire jour après jour lui parait vain.

    Quoiqu’il fasse, ou quoiqu’il dise, il n’oubliera jamais que l’œuvre de sa vie est un échec. Certes, il est déjà assez riche pour ne plus avoir besoin de travailler. Et dans quelques années, si tout se passe bien, il sera assez riche pour que ses enfants n’aient plus besoin de travailler. Mais, il n’a pas réussi ce qu’il y avait eu de plus important pour lui. Il n’a pas réussi à sauver sa mère. Il n’a pas pu lui offrir la vie de reine, que tout enfant veut pour la femme la plus importante de sa vie. Cet échec est d’autant plus cuisant qu’il a maintenant les moyens de faire de n’importe quelle femme une reine. Et il le prouvera en débarrassant Cleyn de ses prostituées, pour Maeleen, autant que pour sa défunte mère. Parfois, il se demande ce qu’elle aurait pensé de ce qu’il a fait ces dernières années. Mais, il ne trouve pas la réponse. Peut être parce qu’il ne veut pas la connaître au fond. Après tout, la vie appartient aux vivants, pas aux fantômes. Et puisque sa vie lui appartient, Ryan choisit de continuer de s’éloigner de ce petit garçon qui semblait condamné à la misère. Ou du moins, il continuera à le faire plus tard. Pour l’instant, ce qui compte c’est Maeleen. Il est temps de prendre soin de sa plus proche collaboratrice. Celle qu’il se surprend à considérer enfin comme une amie après les révélations qu’ils viennent d’échanger.

    Ce soir là, ce sera sandwich. Pas un repas gastronomique, mais comme Maeleen le lui fait remarquer, elle n’est pas une grosse gourmande. Sans compter, que Ryan ne se voit pas l’inviter dans l’un de ces restaurants où il a ses dîners d’affaire. Cela signifierait la forcer à porter une robe de soirée. Et s’il est convaincu que ce genre de tenues irait bien à Maeleen –qui malgré ses tenues plutôt masculines est quand même plutôt agréable à regarder-, seul un idiot se risquerait à lui demander d’être plus féminine. Et il comprend pourquoi désormais. Trop pour songer un jour à lui demander une telle chose.

    Le silence, leur compagnon alors qu’ils prennent l’ascenseur pour quitter ces bureaux devenus trop oppressants. Ca ne dérange pas Ryan. Maeleen l’a habitué à ces moments où elle ne prononce pas un mot. Ce n’est jamais un mauvais signe. Au contraire, lorsque la jeune femme ne veut pas entendre parler de quelqu’un, elle ne se contente pas de silences, elle le lui dit. D’ailleurs, en l’occurrence, Ryan ne se sent pas vraiment l’envie de parler, non plus. Qu’auraient-ils pu dire ? Parler de la pluie et du beau temps n’aurait pas été la décision la plus avisée. Et parler plus longuement de leur passé est hors de question lorsque l’on voit dans quel état ça les met. Alors, ils ne disent rien, jusqu’à arriver sur le trottoir ou Maeleen propose une séparation, histoire de ne pas laisser à ses plaies le temps de s’infecter. « D’accord. Si jamais, je finis avant toi, je t’attends près de la voiture. » Lui dit-il, bien que cela semble inutile. Cleyn est plus dangereuse que la plupart des villes, mais entre les sandwicheries et les pharmacies de nuit, les sandwicheries sont les commerces les plus fréquentés jusqu’à preuve du contraire. Et la suite des événements donnent raison à Maeleen, puisque effectivement, elle le rejoint quelques instants plus tard, alors que lui fait encore la queue pour prendre leur repas. « Ah te revoilà ! Tu tombes bien, j’ai oublié de te demander ce que tu prendrais à boire. » Lui dit-il, juste avant qu’ils doivent passer commande. Une fois leurs sandwichs en main, les deux jeunes gens se dirigent vers la voiture de sport de Ryan. L’un des petits bijoux qu’il s’est offert pour fêter un événement dont il ne se souvient plus aujourd’hui. Ryan est prêt à l’admettre, c’est terriblement cliché de s’offrir quelques bolides comme il le fait de temps à autres. Mais à Cleyn comme ailleurs, les personnes les plus aisées ont l’habitude d’afficher leur richesse. Ryan ne fait que jouer le jeu, sans originalité certes, mais ça lui évite au moins de donner l’image d’un excentrique. C’est la pire chose qui puisse lui arriver.

    Une fois encore, le trajet se passe en silence. Ou plutôt, en musique, puisque Ryan en met pour rendre ce trajet plus agréable. Son choix, il le fait en fonction des goûts de Maeleen. Ce qui n’est pas exactement son genre de musique, mais cette sortie est faite pour l’apaiser, elle. Il n’y a donc pas de mal à avoir une petite attention pour la mettre un peu plus à l’aise dans l’habitacle de ce véhicule pendant la route. Même si le chemin qui mène aux abords de la rivière, n’est pas très long. Ce qui fut plus long par contre est de trouver le coin parfait pour ne pas être ennuyé. Peut être parce que Ryan se prend un peu trop la tête pour trouver l’endroit parfait.

    Une fois ce coin trouvé, les deux jeunes gens sortent du véhicule et Ryan choisit enfin de prononcer quelques mots. « J’avais oublié à quel point ce paysage est agréable. » Avoue-t-il dans un sourire désabusé. « Tu me rappelleras de sortir plus souvent du bureau, s’il te plaît. » Pas sûr qu’il écoutera, même si ça vient de Maeleen. Sa relation avec son travail tourne presque à l’obsession, il faut dire. D’ailleurs, même avec tout l’argent qu’il a amassé, et sans le risque de perdre un marché ou un autre, il n’a jamais pris de vacances. Et à cet instant précis, il le regrette un peu à vrai dire.

    Le jeune homme fait quelques pas vers la rivière et plonge son regard dans de longues secondes. Son expression reste figée jusqu’à ce qu’il aperçoive un préservatif être emporté par le courant. « Regarde moi ça ! Les gens ici sont trop débiles pour trouver une poubelle. » Lâche-t-il agacé de voir la rivière souillée par ce morceau de plastique. « Enfin, au moins, ceux là se sont protégés, c’est déjà deux cons en moins dans les statistiques des décès par MST. On va par là bas. » Fait-il ensuite en désignant un carré d’herbe à quelques mètres du cours d’eau.
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Maeleen K. Baker
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MessageSujet: Re: « Angel or demon, I gave up my soul. » - RYAN L. & MAELEEN K. B.   Sam 10 Sep - 15:24

Maeleen K. Baker a écrit:
« Du thé glacé à la pêche. » répondit-elle à Ryan, alors qu’elle venait de le rejoindre à la sandwicherie. Pendant qu’il prenait leur repas, la jeune femme rangea ses achats dans la poche de sa veste, elle s’occupera de ses plaies lorsqu’ils seront à la rivière. Pour le moment, elle profite simplement du calme et du silence. Maeleen sait être silencieuse. C’est un besoin. Souvent, elle n’exprime pas l’envie de dire un mot, et les gens qui connaissent bien sa personnalité ne s’en formalise pas. Ce qui est réellement mieux. Le silence n’est pas désagréable, au contraire. C’est lorsqu’elle ne dit rien qu’on se sent enfin en confiance avec elle. Puisque, si elle n’aime pas quelqu’un, elle parlera sans cesse, déversant toute sa haine jusqu’à ce que cette personne craque. Il faut simplement la comprendre, et elle l’admettra, ce n’est pas aussi simple que ça en paraît.

Une fois le repas acheté, ils se dirigent vers la voiture de Ryan. Une voiture de sport, évidemment. Cela arrache un mince sourire à la jeune femme qui garde le silence. Là encore, rien ne la surprend. Elle le connaît depuis deux ans, ce n’est pas la première fois qu’elle voit l’un de ses bolides. Et si elle était à la place de Ryan, ferait-elle la même chose ? Peut-être. Mais les voitures, ce n’est pas tant ce qu’elle aime. Non, à sa place, elle aurait une belle collection de motos. Chacun son petit pêché mignon. D’ailleurs, plus tard, lorsqu’elle en aura l’occasion, elle s’en achètera une. Rien ne vaut cette sensation de vitesse, comme si elle était libre de tout. Mais pour le moment, ce n’est pas d’actualité.

Pendant le trajet, seul la musique comble le silence. Une musique rock, comme Maeleen l’aime. Si certaines personnes trouvent ça agaçant, elle, au contraire, pense que c’est apaisant. C’est bien mieux que toutes ces nouvelles musiques stupides avec des paroles qui n’ont aucun sens, sur lesquelles les filles se déhanchent sur une piste de danse avec des vêtements trop courts. D’ailleurs, souvent, lorsqu’elle tombe sur un clip, elle est partagée entre le dégoût et le rire. Ils ont tous les mêmes idées, apparemment. Il suffit d’avoir des chaînes en or autour du cou, une grosse voiture et des femmes en petites tenues. Pathétique. Ce qui l’est encore plus, c’est bien les gens qui aiment ce genre de choses. Mais après tout, cela reflète bien ce qu’ils sont.

Après quelques minutes, ils arrivent enfin à destination. Une fois la voiture garée, Maeleen sort à son tour du véhicule et fait déjà quelques pas pour se dégourdir les jambes. Aux propos de Ryan, elle sourit légèrement, et ce sourire s’agrandit ensuite. « Bien sûr. Et comme je vais forcément m’attendre à un refus, je viendrais avec des hommes armés afin qu’ils te forcent à sortir du bureau. » plaisante-t-elle un petit peu. Elle le connaît assez pour savoir que son travail passe toujours avant le reste. « Mais attention, je sais aussi être très convaincante quand je le veux vraiment. » ajoute la jeune femme sans que ce sourire ne quitte ses lèvres. Même avec ça, il n’est pas dit que le jeune homme l’écoutera.

Ils avancent afin de trouver un endroit parfait et assez calme. Bien que pour cette soirée, l’endroit semble être désert, ce qui n’est pas plus mal. « Un mal pour un bien, disons. Bien qu’il faudrait refaire leur éducation. » dit-elle suite à ses paroles. C’est bien une chose que la jeune femme ne supporte pas. La nature mérite aussi du respect, mais ça, comment le faire comprendre à tous ces imbéciles de Cleyn ? C’est une mission vraiment compliquée et difficile.

Ils se dirigent ensuite vers le carré d’herbe qu’il avait désigné. Maeleen s’assoit face à la rivière, regardant le courant d’eau, comme envoûtée par ce spectacle. Elle aime venir ici quand elle a besoin de réfléchir. Quand elle ressent cette envie d’être seule au monde. Elle choisit souvent le début de soirée ou la nuit, lorsqu’elle ne trouve plus le sommeil. Cela l’apaise un petit peu et ensuite, elle se sent mieux. Si elle le pouvait, elle se ferait construire une maison, juste là. En face de la rivière, et tous les matins, elle verrait le soleil qui se lève, son reflet sur l’eau. Et pendant les soirs de tempête, elle verrait la pluie qui s’écoule dans la rivière, elle regarderait le ciel sombre et menaçant de sa fenêtre. Et elle serait bien. « J’aime vraiment cet endroit. » dit-elle un peu pensive.

« Et toi ? A part ton bureau, existe-il un endroit où tu te sens réellement bien ? » demande-t-elle à Ryan en sortant le sachet de sa poche. Elle retire le pansement qu’il lui avait fait un peu plus tôt, avant de prendre une compresse dans la boite. Elle sort aussi le désinfectant qu’elle applique dessus, le posant ensuite sur ses plaies. Une imperceptible grimace se dessine sur son visage, mais rien de bien extraordinaire. Une fois cela fait, elle prend une autre compresse qu’elle pose sur la paume de sa main, sortant en même temps le sparadrap qu’elle tend au jeune homme. « Tu peux le mettre ? » demande à nouveau la jeune femme.

Ryan Lewis a écrit:
    L’un des aspects les plus séduisants de Cleyn est la nature environnante. Ryan le redécouvre en ce moment. Cela a quelque chose de rassurant de savoir que près de cette ville où la luxure règne, il est des endroits qui ne semblent pas touchés par la folie des hommes. Ou du moins, presque pas, puisqu’en l’occurrence il a fallu qu’un morceau de plastique trahisse le passage de l’Homme près de cette rivière. Une réalité qui agace Ryan. C’est une chose que de se laisser aller dans chaque coin de rue de cette ville maudite qu’est Cleyn. C’en est une autre que de manquer de respect, à la nature et donc à la vie elle-même. Qu’est-ce que les jeunes idiots qui peuplent la ville de Cleyn peuvent bien avoir dans la tête ? Une question dont le jeune homme n’est pas sûr de vouloir connaître en réponse, en vérité. Depuis toujours, il se demande si les habitants de sa ville sont insouciants ou complètement écervelés. Mais lorsqu’il voit des choses comme ça, la réponse lui semble évidente. Douloureusement évidente, même. La vérité, c’est que ces vies qu’il a broyées n’ont aucune valeur. Parce que la plupart sont des personnes dont d’autres dealeurs auraient profité de la « faiblesse ». Et si ça n’avait pas été le cas, on les aurait retrouvé dans une étreinte animale, tellement pris dans leur plaisir qu’ils ne se posent même pas la question de savoir s’ils manquent de respect à l’endroit qu’ils souillent de leur plaisir immonde.

    Assez étonnement, Maeleen semble bien prendre cette vision. Ou du moins, bien mieux que ce que Ryan aurait imaginé. Est-ce parce qu’elle, qui côtoie des étudiants tous les jours, s’est faite à l’idée que le niveau intellectuel des individus à Cleyn est au raz des pâquerettes ? Ce serait une explication. Mais Ryan ne lui posera pas la question, ce serait faire trop d’égards à des individus à qui il a déjà accordé trop d’attention. Ainsi, le jeune homme préfère éloigner Maeleen de cette vision, avant que le calme apparent qu’elle affiche ne vole en éclats. Vu ce qu’elle a vécu et comme ça l’affecte encore, c’est un risque à ne pas prendre.

    Une fois installés sur le carré d’herbe qu’il a désigné comme leur prochaine destination, les deux jeunes gens laissent de nouveau le silence s’installer. Et de nouveau, c’est une bonne chose. Lentement mais sûrement, Ryan se laisse bercer par le son de l’eau qui s’écoule sans que personne ne puisse l’arrêter. Et au bout de quelques secondes, les crimes qu’il a commis, les manœuvres habiles qu’il a effectuées et même les affaires honnêtes qu’il a rondement menées, tout cela n’existe plus. A cet instant, Ryan est un homme comme les autres, qui se rend compte qu’à force de voir les choses et les gens uniquement selon leur utilité, il en oublie d’apprendre à les connaître. Lorsque Maleen reprend la parole, Ryan a un pincement au cœur. Parce qu’il se rend compte qu’après deux ans, il ne la connaît toujours pas. Il l’a toujours crue incapable d’aimer quelque chose, si ce n’est l’expression surprise et blessée d’une personne qu’elle a rabrouée à sa manière. Il l’a toujours prise pour un monstre qu’il a réussi à apprivoiser et qui l’appréciait désormais. Mais Ryan se trompait, elle n’est pas un monstre. Elle est humaine, une femme que ce monstre qu’est l’Homme est bafoué, souillé, brisé mais à qui il reste toujours assez d’humanité, assez de force, pour continuer à aimer certaines choses.

    Lorsqu’elle lui demande s’il aime certaines choses, Ryan se rend compte d’une réalité plus horrible encore. « Il y avait bien le lac Nicholas à une époque. Pour une raison ou pour une autre ce n’est pas l’endroit de la ville le plus populaire. » Un sourire crispé se dessine sur ses lèvres. Et pour cause, il a beau réfléchir, la seule réponse qui lui vient à l’esprit c’est… « Je crois bien qu’il n’y vraiment que dans ma tour d’ivoire que je me sens bien. C’est grisant de se trouver dans un monde que tu as bâti pierre par pierre. Souvent, je repense au chemin parcouru et j’ai le vertige. Ce qu’il y a de mieux, c’est de se dire que personne ne peut me retirer ce que j’ai fait. » Un rire désabusé s’échappe de ses lèvres. « Mais la vérité, c’est que je me suis laissé prendre à mon propre jeu. J’ai détruit pas mal de vies pour acquérir le pouvoir que je possède aujourd’hui. Et maintenant, j’ai une affaire que je peux mener en toute légitimité, je pourrais me détacher de toutes ces sombres affaires auxquelles je te mêle et de toutes ces personnes qui pourraient essayer de me faire tomber. Seulement, il m’en faut plus, je vis dans la crainte qu’un jour, tout ce que j’ai construit s’effondre. Alors, je tue, je manipule, je détruis pour en avoir plus… Et la vérité, c’est que je me détruis aussi. » Une petite pause puis, un autre léger rire sans joie s’échappe de ses lèvres. « Quelque part, je suis comme ces junkies à qui je vendais leur dose à l’époque. C’est pathétique, tu ne trouves pas ? »

Maeleen K. Baker a écrit:
Silencieuse et attentive, Maeleen écoute ce qu’est en train de lui dire Ryan. En deux ans, c’est bien la première fois qu’ils se parlent ainsi. Jamais encore ils n’avaient fais une sortie ensemble. Mais, il y a bien une première fois à tout. C’était certainement le bon moment. L’instant où il faut tout dire, parler à cœur ouvert sans avoir peur que l’autre juge. La jeune femme le sait, Ryan n’est pas comme ça. Et elle, bien qu’elle juge souvent, il est bien l’un des rares hommes qu’elle ne juge pas. Et ce, parce qu’il lui a prouvé qu’il n’était pas comme les autres. Et ça, ça fait toute la différence pour la jeune brune. Et aussi, elle a envie d’en apprendre davantage sur son patron et ami. Car maintenant, c’est ainsi qu’elle le considère. Et sa fidélité envers lui n’en sera que plus grande.

Alors, est-ce qu’elle le trouve pathétique ? Non, absolument pas. Au contraire, elle comprend ce qu’il dit. Si ça l’est pour lui, qu’en est-il de sa vie à elle ? Elle ne fait que détruire les gens qui s’approchent un peu trop près. Elle s’enferme dans cette haine et dans cette colère. Alors... « Non, ça ne l’est pas. Et tu n’es pas comme eux. » commence-t-elle en posant son regard sur la rivière, se perdant dans ses pensées. « Toi, tu t’es battu pour avoir tout ce que tu as aujourd’hui. Eux, ils se laissent aller. Ils préfèrent prendre de la drogue. Certains pour oublier, d’autres... on ne sait pas. » Son regard se voile légèrement, elle aimerait être détachée de cette conversation, mais c’est impossible.

« Quand on se retrouve au fond du trou, il faut chercher encore plus loin au fond de nous la force de nous battre. Il faut qu’on se relève, et nous sommes seuls pour le faire. Personne n’était pas là pour tendre une main amicale. Et c’est ainsi depuis toujours. » Est-ce qu’elle parle pour lui ? Pour elle ? Les deux, certainement. Il a fallu qu’elle s’en sorte toute seule, il n’y avait personne. Seul ce psychologue, mais elle ne voulait pas en entendre parlé. Non, il fallait que ça vienne d’elle. Personne n’a jamais été là pour elle. Alors, pourquoi aurait-elle acceptée après toutes ces années de souffrance ? « Nous ne vivons pas. On survit parce que nous n’avons pas d’autres choix. Peux-tu vraiment dire que tu as déjà vécu, une seule fois dans ta vie ? Moi, non. J’ai toujours survécu. Vivre, je ne sais pas ce que c’est. Je ne sais pas l’effet que ça fait. Est-ce qu’on se sent mieux lorsqu’on vit, tu crois ? Ou bien la survie est-elle plus forte puisqu’on se bat quotidiennement ? » Des questions qui fusent, elle n’attend pas forcément une réponse. Maeleen parle, parce qu’elle exprime enfin ce qu’est sa vie depuis des années. Parce qu’avec Ryan, elle n’a pas peur de le faire. Et de nouveau, pour la deuxième fois de cette soirée, il verra autre chose que le monstre qu’elle est habituellement.

« Seules les personnes qui ont réellement souffert ont ce côté autodestructeur. Peut-être parce que les autres nous ont détruis bien avant. On s’inflige de la souffrance pour que les autres n’aient plus à le faire. » continue la jeune femme, ne détachant pas son regard de la rivière. Elle parle calmement, elle est étrangement sereine malgré ce qu’elle dit. « Ils ont déjà détruis notre enfance, notre adolescence. Et malgré les années, tout cela parvient encore à détruire notre vie d’adulte. Mais plutôt que l’accepter -ce qui est hors de question- on préfère le faire nous-mêmes. A tort ou à raison, je ne sais pas. » Parce que la jeune femme n’a pas toutes les réponses. Elle ne sait pas pourquoi elle fait si bien toutes ces choses. Elle ne sait pas pourquoi sa haine la guide encore tous les jours. Ni pourquoi elle préfère se détruire en faisant tout ça. Mais c’est un choix. Maintenant, plus personne ne peut lui faire du mal. C’est elle qui choisit sa souffrance. Pas les autres.

« Moi, ma tour de protection est . » dit-elle en désignant son cœur. « J’ai construit ce mur jour après jour, mois après mois jusqu’à ce qu’il soit vraiment solide. Je le pensais indestructible, mais parfois, il se fissure et laisse quelques personnes y venir. Même quand je ne le désire pas. Mais, je me suis aussi rendu compte que certaines personnes en valaient vraiment le coup. » Maeleen soupir légèrement, tout cela lui semble être tellement facile de dire toutes ces choses. Alors qu’il y a encore quelques heures, elle ne s’en serait pas cru capable. Finalement, elle tourne son visage vers Ryan et le regarde. « Et toi, tu es l’une de ces personnes. C’est pour cette raison que tu as toute ma confiance. Au fil des mois et des années, tu as réussi à fissurer ce mur, même si je n’en laissais rien paraître. » ajoute la jeune femme, continuant d’observer le jeune homme. « Et si je te dis tout ça, c’est pour que tu réalise que derrière chaque monstre se cache une âme brisée. Au fond de nous, il y a toujours cette petite étincelle de vie. Elle se cache, se fait discrète, mais elle est bien présente. Cette petite flamme est certainement ce qui nous maintiens encore en vie. Et si elle venait à disparaître, il n’y aurait plus rien. » termine Maeleen en reposant son regard sur la rivière. Et pour elle, cette petite étincelle représente l’enfant qu’elle était. La petite fille qui se cache parce qu’elle a peur de devenir grande. L’enfant que les hommes ont détruis.

Ryan Lewis a écrit:
    Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette rencontre a pris un tournant inattendu. Si on avait dit à Ryan qu’un jour il mettrait son cœur à nu auprès de quelqu’un, et que cette personne serait l’individu le plus sombre, coléreux et cruel qu’il connaît en plus, il ne l’aurait jamais cru. Et ce qui est plus étonnant, c’est que Maeleen, se met à nu à son tour, une nouvelle fois. Et alors qu’il l’écoute attentivement, Ryan se rend compte qu’il a été aveugle pendant deux longues années. Cette patience et cette confiance qu’il a accordées à Maeleen ne sont pas le fruit de longs mois passés à dompter un monstre qu’il ne comprenait pas. Au contraire, s’il fait confiance à Maeleen, plus qu’à quiconque aujourd’hui, c’est parce qu’au fond, ils sont faits du même bois.

    Cette révélation a quelque chose de troublant. Parce que lorsqu’il repense au récit de son enfer, à la manière dont son père l’a vendu pour quelques deniers, il réalise qu’argent et perversion l’ont complètement détruit. Et que ce qu’il a poursuivi pendant des années et ce qu’il poursuit encore n’est qu’une illusion. Cela peut sembler stupide lorsque l’on sait ce qu’il désire plus que tout : le pouvoir de protéger sa famille de ces hommes qui agitent leur argent pour s’offrir jusqu’à la dignité d’une autre personne. Ce pouvoir, il l'a obtenu. Il en a même obtenu bien plus encore. Par contre, il n’a plus de famille. Parfois, il se surprend à penser qu’il aurait peut être pu en avoir une avec Luna. Mais, au fond, il ne l’a jamais voulu. Il n’aurait jamais laissé son ambition le séparer de quelqu’un à qui il tient, ou du moins pas lorsqu’il considère cette personne comme de la famille.

    La personne la plus proche d’un membre de la famille pour Ryan, c’est Maeleen. Il s’en rend compte alors qu’elle lui avoue lui réserver une place particulière dans cette forteresse qu’est son cœur. Et cela est la pire chose qui pouvait lui arriver, puisque comme sa mère, les autres l’ont détruit, parce que lorsqu’il fallait penser à elle, à son bien être, à son équilibre, ils ont pensé à eux, parce que leur argent leur a permis d’être égoïstes et destructeurs. Et comme lorsqu’il a découvert le corps sans vie de sa mère, Ryan se rend compte qu’il n’y a rien à faire pour réparer, le mal que ce monde a fait à Maeleen. Même s’il parvient à mettre fin à la prostitution à Cleyn, Maeleen ne fera pas tomber les murs qui entourent son cœur. Tout simplement, parce qu’il n’a pas été pour le faire quand il le fallait. Encore une fois, ce pouvoir est vain parce qu’il ne lui permet que de faire au mieux, là où il voudrait agir parfaitement.

    « Je vois ce que tu veux dire. » Dit-il une fois que le discours de Maeleen est terminé. « Je ressens cette flamme par moments. » Avoue-t-il à Maeleen. Et pour lui, cette petite étincelle de vie est le petit garçon qui a promis à sa mère de devenir assez riche pour acheter sa liberté. Ce garçon qui s’est démené pendant des années pour atteindre ce but, et qui souffre aujourd’hui de voir l’adulte qu’il est devenu ressembler tellement aux bourreaux de sa mère, ces hommes qui pensent à raison que l’argent offre un pouvoir absolu.

    « Le problème, c’est que cette étincelle meurt. Et je vis chaque seconde de son agonie. » Poursuit Ryan après quelques secondes. Une autre vérité de la vie de Ryan. « Le monstre que j’ai créé ne la protège plus. Il se nourrit de sa souffrance pour devenir plus fort, plus cruel, plus cynique aussi. » Un léger sourire désabusé vient ponctuer cette phrase, puis son regard vient se poser sur Maeleen. « Je suis encore capable d’humanité bien sûr. Si j’ai réussi à briser ton mur de protection, c’est parce que je voulais le faire. Pendant tout ce temps, je me suis convaincu que c’était parce que si je parvenais à t’avoir à mes côtés, tu seras un bel atout dans ma manche. Mais c’est bien plus que ça. Je tiens à toi, Maeleen. Et c’est parce que je suis capable de ce genre de sentiments que je sais que je suis encore vivant. »

    Après ces quelques mots, Ryan se tait quelques instants et baisse le regard. Après ces quelques longues secondes, il reprend. « Mais je suis devenu ce que je déteste. » Dit-il doucement. « Ca fait bien longtemps que l’argent n’est plus un simple outil pour moi. C’est devenu, un moteur pour moi. » Et il ne peut pas dire le contraire, vu toutes les vies qu’il a brisées pour devenir un peu plus riche. « Je suis de ceux qui détruisent des vies sans s’en soucier, juste parce qu’ils peuvent le faire sans même s’en rendre compte. Oh bien sûr, je ne vais pas compatir pour eux. Ils ont fait le choix de se laisser détruire et ils l’auraient fait avec ou sans moi. La seule personne que je plains, c’est moi. » Poursuit-il en se désignant du doigt. « Je suis le pauvre naïf qui s’est laissé griser par son succès et a laissé le monstre qui l’habite le consumer. Leur faiblesse est devenue un poison pour moi et je ne m’en rends compte que maintenant. »
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